Bruxelles

J’ai Dick Annegarn dans la tête.

Nous avons passé, mes enfants et moi, quatre jours à Bruxelles. Des moments simples, de grosses rigolades autour d’une bonne chaire, des marches longues le nez en l’air. Un coup de tête décidé à peine un mois plus tôt au détour d’une discussion avec ma copine Jennifer. Comment avais-je pu tout ce temps ne pas y penser, voilà le mystère.

Ce matin j’ai lu mes RSS, ça faisait longtemps. Plein de choses passent à la trappe, tant pis ; « c’est la vie, » comme dit une personne qui m’était chère jusqu’à récemment.

Et puis des pépites, mais ce serait trop long de tout vous dire. En voilà une, tiens :

Notre monde est devenu trop complexe pour une insurrection, et les solutions d’organisation qui nous sont proposées sont trop simples, trop binaires. La vitesse ne retient que le pour ou contre, le blanc ou noir. Les réseaux sociaux sont des référendums éclairs et permanents, dont les résultats sombrent aussitôt dans l’oubli.

(C’est moi qui souligne.)

Je la relis en boucle depuis dix minutes. Voilà typiquement un aphorisme qui a demandé plus de quelques secondes de mûrissement.

Quelques jours à se promener, c’est quelques jours sans (presque) de réseau de quelque ordre que ce soit (social ou électronique). Et Bruxelles c’est l’endroit où habite Neil. Un instant j’ai caressé l’idée de lui faire signe, dire « hé on est là, je te paye un café » et puis comme d’habitude pas osé déranger.

Bah, tant pis, une autre fois peut-être.

En attendant, je pourrais vous raconter tout le voyage mais ce serait fastidieux, et le plaisir ne se partage toujours qu’à demi. Il pourrait même passer pour une vantardise (voilà ce que j’ai savouré et que vous ratez ?). Ou alors c’est moi qui m’inquiète trop du feedback social, je ne sais pas.

Je pourrais parler de la relative déception devant une ville que j’attendais plus belle, mais aussi (paradoxalement) des surprises à tous les coins de rue, de la gentillesse des gens (prends-en de la graine, parisien⋅ne !), de la bière et des estaminets, du Paon, de sa Tongerlo (une très bonne bière) et de sa carbonnade incroyablement moelleuse.

C’est marrant tout de même, la façon dont on fonctionne. J’ai voyagé une fois ou deux à l’autre bout du monde, ce qui devrait suffire à faire éclater le cœur de mille émotions, ne serait-ce qu’à cause de la rareté de l’expérience pour la majeure partie de l’humanité. Et c’est à une heure et quelques de train de Paris que, très ému, je réalise enfin un rêve de trente ans, depuis Schuiten et Peeters et une correspondance que nous avons tenue quelque temps : visiter le CBBD et le Musée Horta, marcher dans le Palais de Justice que mon cerveau s’obstine à appeler le Palais des Trois Pouvoirs. Ça paraîtra anodin à plein, plein de gens. Le voyage, comme le paysage, nous est personnel.

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