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Qui est à l’appareil ? (huhu)

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 19 mai 2012

URL courte : http://nota-bene.org/897

6 commentaires

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Mes premiers moments avec une prothèse audio, que je consigne ici pour mémoire. C’est un autre monde. Pas forcément radicalement nouveau, mais en tout cas différent.

Autant le dire tout net, les prothèses auditives sont encore un sport de riches. Prévoyez 4000 Euros, soit un budget vacances, avant de vous équiper.

Pendant qu’on y est, faites jouer la concurrence, pas tant sur les prix (encore que [1]), mais sur la qualité de la prestation.

L’audioprothésiste que je vois, non seulement elle est délicieuse et gentille (ce qui ne gâte rien), mais en plus, à peine sorti de la visite chez l’ORL, elle m’a refait un audiogramme, qui a permis un diagnostic encore plus précis. Comme j’avais une bronchite, ce matin elle a refait un audiogramme, juste pour prouver que j’avais déjà récupéré une partie de mon acuité (j’avais oublié qu’on parlait d’occlusion quand on a la crève).

Et donc bref, ce matin j’ai mis en place dans mes oreilles pour la première fois des Widex Clear 440 Passion. Oui, parfaitement, Passion.

Si j’ai bien compris, c’est du haut de gamme : 20 canaux de réglages, pour l’homme actif que je suis [2] adaptation automatique au volume ambiant, etc.

Un point intéressant à savoir : on ne paye pas tout de suite ses appareils auditifs. D’abord on les essaie, en prêt, et s’ils conviennent on les garde. C’est un très bon principe, je trouve.

Sur Twitter, Éric me demande : « ça te gênait a ce point ? Ça ne paraissait pas ». Non, en fait, ce n’était pas une grosse gêne, mais après un contrôle à la visite médicale du travail j’ai été alerté, et puis le médecin que j’ai vu m’a dit que plus on s’équipe tôt, mieux le cerveau l’accepte (lire plus de détails dans mon article précédent sur le sujet). En gros mes symptômes n’étaient pas énormes : je mettais la main en cornet autour de l’oreille au pub, je tendais l’oreille devant la télé et je finissais avec un casque audio pour ne pas réveiller la maisonnée, je supportais de plus en plus péniblement les réunions téléphoniques.

Comme le résume très bien Stephanie :

As my brother aptly put it when we compared notes as I was coming out of the audiologist’s, it’s “as if sound were coming to me, rather than having to go and fetch the sound”.

(pour traduire : « c’est comme si le son venait à moi, plutôt que de devoir aller le chercher »)

Quelques effets secondaires, en vrac, les positifs comme les négatifs :

  • La première minute, on a l’impression d’avoir mis la tête dans un seau en plastique : on entend la mer, et chaque fois qu’on prononce un mot on a un son simultané, assez fort. Il faut un bon gros moment de réglages (comptez une heure et demie, à feu doux).
  • Tous les bruits deviennent synthétiques, « plastiques », un peu comme sur les micro-chaînes des années 80 à 5 watts, si vous voyez ce que je veux dire. Là encore il va falloir un temps d’adaptation.
  • Ça gratte, dans les conduits auditifs, ça gratte, bon sang. Ce matin l’audioprothésiste m’a conseillé de mettre une touche d’huile d’amande douce, ça a soulagé sur le moment.
  • Dans la rue on se retourne pour chercher d’où vient un couinement : c’étaient les freins d’un bus à 50 mètres. On en déduit que chaque son qui se détache du bruit de fond est amplifié, quel que soit le son. Il va s’agir de s’adapter.
  • Dans la rue toujours, en rentrant à la maison, j’entends les gravillons crisser sous les roues de ma voiture, et le son de son moteur qui se réverbère sur les murs ; et dans le jardin ça gazouille énormément, ça fait longtemps que je n’avais pas entendu tout ça. J’ai aussi entendu le chat ronronner à 5 mètres de moi.
  • Dans le silence de la maison, enfin, j’entends le ventilateur, même au ralenti, de mon PC ; à l’étage mon fils de 5 ans joue avec un de ses copains et j’entends chaque mouvement de Lego.
  • Je comprends bien mieux ce que veut dire Steph quand elle parle de super-pouvoir sourire
  • Enfiler un vêtement devient un moment bizarre, on dirait que les tissus feulent.
  • Le machin derrière l’oreille (micro et électronique de conversion de son, de coordination d’un écouteur à l’autre) prend une certaine place, on a l’impression d’avoir en permanence des branches de lunettes sans les lunettes, ça fait bizarre.
  • Ça gratte, bon sang de bonsoir.
  • À propos de lunettes : comme je porte presque tout le temps des lunettes de soleil, on a testé. C’est magique : zéro sifflement, zéro bruit de frottement.
  • Pareil avec mon casque Sennheiser HD201 : j’ai écouté mon baladeur, le son est parfait, sans interférences d’aucun ordre.

Je vais tester tout ce petit bazar quelques semaines et sans doute l’adopter. D’ici quelques jours il faudra déjà faire une première séance de réglages, vu que pour l’instant tout est au minimum : j’avais une intolérance à ces nouveaux gros bruits. Entendre les pas dans la moquette, par exemple, quand on n’est plus habitué, ça dérange.

C’est curieux et rigolo à la fois.


Notes

[1Dans une « grande chaîne » on m’a proposé des appareils moins bon que ceux que je porte pour 10% de plus. Oui, 10%.

[2Si vous me voyez dans une pub Mennen d’ici quelques jours ne soyez pas étonnés.


Commentaires

    • 19 mai 2012

    Dans le même genre (mais en moins important), j’avais perdu entre 40 et 60% d’audition au collège, et le jour où c’est revenu, effectivement, tu as l’impression que la route communale à côté de chez toi est une autoroute, tu entends des bruits que personne ne perçoit... en prime, tout le monde a pris l’habitude de "hausser le ton" pour s’adresser à toi, tu as l’impression que tout le monde hurle !

    Enfin, les problèmes d’audition, je crois que c’est "un peu plus à l’ouest".

    Répondre à Nico

    • 19 mai 2012

    Excellent titre, je n’avais jamais pensé à ce jeu de mot, comme quoi le temps ne fait pas tout. Les bruits qui crissent, feulent, froutchent-froutchent vont s’atténuer. D’une part tu vas t’habituer à les entendre, d’autre part ils vont se noyer et s’atténuer dans cette habitude.
    Tu ne dis pas en quoi sont tes embouts, plastique ou silicone, les seconds sont bien mieux. La démangeaison aussi, va passer (si elle n’est pas allergique). Pour se gratter, poser le bout d’un doigt sur l’embout et secouer furieusement. Il peut être nécessaire d’arrêter l’appareil pour cette opération, afin d’éviter la mini-symphonie Larsen... clin d'œil
    Il est rare de voir un homme prendre si bien et intelligemment soin de sa santé, sans se sentir dévirilisé pour autant. J’en suis très favorablement impressionnée, bravo.

    Répondre à Csecile

    • 19 mai 2012
    • en réponse à Csecile

    Csecile : Je crois qu’ils sont en silicone. Très souples et très fins. Franchement je verrai avec le recul du temps mais je crois que je finirai par faire de la pub pour mon audioprothésiste, très bon choix.

    Il est rare de voir un homme prendre si bien et intelligemment soin de sa santé, sans se sentir dévirilisé pour autant. J’en suis très favorablement impressionnée, bravo.

    Merci mais on en reparle à l’andropause, on verra si je suis encore aussi philosophe clin d'œil

    Blague à part quand tu ne vois déjà que d’un œil et que ça fait un moment que tu fréquentes le milieu du handicap, je pense que ça aide aussi à accepter les choses comme elles viennent.

    Je ne dis pas que je ne peste jamais, non plus ; ou que je n’ai pas été étrangement inquiet avant le rendez-vous de ce matin. Souvent on ne se présente publiquement que sous son meilleur jour.

    Répondre à Stéphane

    • 19 mai 2012

    Welcome to the club sourire

    Répondre à Stephanie

  • Stéphane : Oui, quand on se penche sur sa vulnérabilité physique, on est anxieux, c’est bien normal.
    Mon père (cet anchois), atteint comme moi de la vue et de l’ouïe n’a jamais accepté et s’est toujours débattu avec violence et amertume contre les défaillances de son corps. Tous ses enfants, sourds et mirauds comme lui, lui ont montré et expliqué en long en large et en travers comme un peu d’acceptation l’aiderait à moins souffrir : rien à faire. Beaucoup d’hommes refusent de se soigner (d’une façon générale, sans que ce soit forcément lié au handicap), par peur d’affronter leur vulnérabilité.
    Je ne lis pas dans les entrailles des gâteaux au yaourt, mais il me semble que ton attitude a priori est bonne, elle t’aidera sans doute face à l’andropause. sourire

    Répondre à Csecile

    • 29 mai 2012

    J’avoue que le côté qui gratte .. je l’ai connu de très longues années... et c’était pas franchement toujours facile.

    Comme le dit SCecile, se gratter l’oreille de la sorte, ca soulage mais c’est un cercle vicieux. faut éviter de se gratter les oreilles si possible ... Je vais pas rentrer dans le détail.

    Les bruits nouveaux oui, c’est agréable à découvrir et en même temps c’est crevant, ca fait beaucoup de choses à la fois. J’en doute pas, tu vas t’adapter. Tu t’y es pris à temps. sourire

    L’huile d’amande douce c’est bien aussi pour les mettre quand les conduits auditifs sont secs. ca aide. Mais parfois ca mène au larsen. Il faut trouver un juste milieu, il y a un temps d’adaptation pour tout sourire
    _

    Répondre à Cyberbaloo

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