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Oona et Salinger, Frédéric Beigbeder (Grasset)

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 22 septembre 2015

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4 commentaires

Beigbeder, je n’ai pas aimé la première période, trop speed pour moi.

Maintenant ça va. Il se pose, respire pour parler, et a tellement de fulgurances qu’il serait trop long de les citer toutes. Par exemple, dans L’égoïste romantique, on a envie de citer chaque page, tellement ça sonne bien en bouche et ça résonne dans l’esprit.

Le moins-jeune-homme-qu’avant-mais-encore-jeune-pour-nous-lecteurs est fin et rusé. Il nous parle de l’amour fugace d’Oona O’Neill et de J.D. Salinger, mais il assume au fond de nous dire qu’il nous parle de lui. Sa troisième personne est une première, on sourit en le voyant revenir à ce qu’il fait de mieux : centrer son récit sur sa subjectivité.

Je ne peux pas vous dire grand-chose de ce livre sans devoir en partie dévoiler ce qui est imaginé, ce qui est documenté, et ce serait dommage. C’est comme un biopic : on se prend à suspendre son incrédulité et à vouloir croire que tout est vrai [1].

J’étais plus réservé, parce que l’auteur lui-même est curieusement plus sage que d’habitude – la faute à son sujet peut-être, qui est un monument et qui l’intimide ?

Et puis, hop, de temps à autre, une petite touche de poésie :

C’est alors qu’Oona sourit pour la deuxième fois de la soirée. Quand Oona souriait, les paupières mi-closes, on n’entendait plus le brouhaha. C’était comme si quelqu’un avait baissé le volume du reste du monde.

… ou une petite touche de fausse modestie couronnée d’un joli pied de nez :

Je suppose qu’un romancier professionnel décrirait ici le paysage océanique les entourant, et le vent, les nuages, les pelouses couvertes de rosée, mais je ne le fais pas pour deux raisons. Premièrement, parce qu’Oona et Jerry n’en avaient rien à foutre du paysage ; deuxièmement, parce qu’on n’y voyait rien, le jour n’étant toujours pas levé.

Tu veux une remarque du mec qui sent venir la cinquantaine ? Il y a aussi :

Vieillir calme tout le monde, en particulier les prétentieux, car l’approche de la mort les rend modestes : ils ont trouvé plus fort qu’eux.

Il paraît qu’il y a des gens qui n’aiment pas Beigbeder. Moi j’aime qu’il se moque de lui-même (j’agite la tête et gesticule avec l’alibi culturel de passer pour un écrivain puéril), j’aime son élégance sous ses fards de jet-setter, sa culture qui n’arrivera jamais à combler mon manque de ladite tellement je suis loin en-dessous.

Si un jour je gagne au loto les moyens de lui payer un café au Flore, ce sera avec plaisir.


Notes

[1Mais on sait que « Cette histoire est vraie puisque je l’ai inventée » (ou « puisque je l’ai imaginée », selon les sources), bon mot attribué à Boris Vian, m’apprend duckduckgoMise à jour : L’histoire est entièrement vraie, puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre est dans la préface de L’écume des jours, me rappelle Clochix. Je vous épargne ici le débat vérité/réalité, ce n’est que le matin et je n’ai pas pris de café.


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