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Livres et librairies

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 14 novembre 2012

URL courte : http://nota-bene.org/920

6 commentaires

Le désir d’immédiateté du service contre le plaisir du dénichage ?

Amusant comme quelques lectures se superposent parfois.

Je lis chez Stephanie :

Parce que “disponible en librairies”, c’est gentil, mais je ne suis pas chez moi, là, je suis à l’étranger, et même si j’étais chez moi, je fais venir les livres à moi en 2012, je ne prends pas 1h pour aller voir s’ils sont dispos quelque part en ville.

(C’est moi qui souligne.) [1]

Parallèlement je lis ces jours-ci au moment du coucher Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows (micro-phénomène littéraire d’une des précédentes rentrées) [2], et j’y note :

J’adore faire les librairies et rencontrer les libraires. C’est vraiment une espèce à part. Aucun être doué de raison ne deviendrait vendeur en librairie pour l’argent, et aucun commerçant doué de raison ne voudrait en posséder une, la marge de profit est trop faible. Il ne reste donc plus que l’amour des lecteurs et de la lecture pour les y pousser. Et l’idée d’avoir la primeur des nouveaux livres.

[…]

Je trouvais incroyable à l’époque – et encore aujourd’hui – qu’une si grande partie de la clientèle qui traîne dans les librairies ne sache pas vraiment ce qu’elle cherche, mais vienne juste jeter un œil aux étagères avec l’espoir de tomber sur un livre qui répondra à son attente.

J’ai l’impression très nette qu’on ne parle pas de la même chose dans ces deux citations, et que les mots de Stephanie dépassent en partie sa pensée : on ne va pas chercher la même chose entre une commande « utilitaire » (là, maintenant, tout de suite, je veux cet essai) et l’achat-plaisir, le plus fréquent dans mon cas.

Il y a quelques jours j’étais au plein centre de Nevers, un sac en papier à la main renfermant le nouveau parfum que je venais d’acheter (ça ne s’invente pas, vous allez voir). J’arrive devant la vieille halle (je crois ?) dont le premier étage a été reconverti en librairie grande-surface-grande-enseigne. Je m’apprête à m’y engager et non, la voiture est déjà pleine, vacances obligent, on ne va pas y rajouter encore des livres ou (horreur) des DVD.

Au détour de la rue suivante, je tombe pourtant sur la librairie Le Cyprès, qui se professe sur sa devanture « librairie curieuse ». Ah ça, il faut que j’entre ! Je prétexte auprès de ma conscience que j’y trouverai du Jean Echenoz, et je franchis la porte gaillardement.

Le nez au vent je m’empare de Cherokee à défaut de trouver Courir qui ne perd rien pour attendre [3], et je me dis que tant qu’à être là, les étagères sont sans doute assez achalandées pour enfin trouver L’amant de Marguerite Duras, que je ne vois jamais dans les supermarchés de la culture. Bingo !

Plaisir sans cesse renouvelé, sentiment en passant d’aider à faire vivre un passionné plutôt qu’une anonyme chaîne de magasins, fussent-ils en ligne (et que le web, tout de même, c’est mon gagne-pain).

Et quel régal de sourire au libraire qui pose son livre pour me servir, dans une bête ivresse telle que nous avons dû revenir : le sachet de la parfumerie m’était sorti de la tête et attendait sur le comptoir.

Ça n’a pas de prix, ce plaisir, et jamais je n’ai l’impression d’y avoir perdu une heure ; au contraire j’y ai gagné ; au point même d’en oublier tout le reste.

PS : sans vous commander, en ce moment il faut lire le blog d’Emmanuel qui est en verve.


Notes

[1Au passage je ferai remarquer à Môssieur Vincent Valentin que la ponctuation de cette phrase-paragraphe entre parenthèses est correcte et conforme à ses attentes clin d'œil

[2Je crois vous avoir déjà dit que je lis plusieurs livres en même temps...? Ces jours-ci c’est donc ce livre à mon chevet, dans le train c’est Comme un roman de Pennac (cf. ce qu’en disait Emmanuel et je promets d’en parler bientôt), et aux toilettes c’est La semaine des 7 Noël d’O’Groj (je relis des bandes dessinées, on a bougé des bibliothèques) après y avoir fini hier Rouge est ma couleur de Chauzy, admirable dessinateur, et Villard, dont Wikipédia nous dit qu’il est « rattaché à la génération Pennac », alors tu vois comme tout est lié. Pourquoi je vous raconte tout ça déjà ? Ah oui, pour parler de plaisir.

[3Et un de ces jours je vous fais un dithyrambe sur Jean Echenoz, vous ne perdez rien pour attendre vous non plus.


Commentaires

    • 14 novembre 2012

    Comme toi, je ne peux m’empecher de franchir le palier de ces librairies « originales » et à côté de ça, je suis heureux que le web me permette de facilement trouver « The illustrated Man » de Ray Bradbury en version originale pour ma liseuse électronique en quelques minutes.
    On parle bien là de deux usages différents.

    Par ailleurs, « Courir » est l’unique Jean Echenoz que j’ai eu l’occasion de lire jusqu’à aujourd’hui et c’est un pur régal ! Je suis donc preneur de conseils pour poursuivre ma découverte de l’œuvre de cet auteur !

    Répondre à jblanche

    • 14 novembre 2012
    • en réponse à jblanche

    jblanche : Lis Je m’en vais. Une merveille.

    Répondre à Stéphane

    • 14 novembre 2012

    Il y a comme un acte créatif là-dedans. Il faut être en quête, en attente, en manque de quelque chose pour pousser la porte d’une librairie "juste pour voir", et trouver autre chose que ce qu’on n’avait jamais cherché sourire C’est la pêche photographique dont parlent nombre de photographes et dont je fais aussi souvent l’expérience. Sortir l’appareil en bandoulière, être en état second, être attentif, à l’écoute, et puis tomber sur tout autre chose. Un levier, un prétexte.

    Et puis changeons soudain ce livre en fringue. Je ne sais pas pour Stéphanie mais nombre de filles aiment à flâner dans les boutiques de fringues, "comme ça", comme dans une librairie, et tomber sur la super fringue qu’elles ne cherchaient pas sourire Alors que nous, souvent, les mecs, c’est direct au rayon jean-chemise, c’est CE jeans et on repart (je ne crois pas trop caricaturer, si ?).

    Aïe, zut, je crois que j’ai vervé sourire Merci pour le lien.

    Répondre à Emmanuel

    • 14 novembre 2012

    Ah ouais c’est clair. J’adore trainer dans les librairies. Mais quand je sais déjà quel livre je veux acheter, donnez-moi svp du online.

    Répondre à Stephanie Booth

    • 14 novembre 2012

    J’aime le lieu de la librairie pour ce qu’il permet dans l’établissement de l’objet au texte. En effet, je suis flâneur dans une librairie et je ne viens que très rarement pour acheter quelque chose que je cherche déjà. La couverture, la forme, la typographie, le type de papier sont des paramètres dans l’acte de séduction et c’est ainsi que bizarrement je suis « fidèle » à certains éditeurs, plus que certains auteurs. Il y a des auteurs où il me faudra un effort énorme si l’objet qui contient le texte ne me séduit pas.

    Cependant, et c’est le paradoxe, je fuis maintenant comme la peste les librairies. Car entrer dans une librairie, cela veut dire sortir avec bien sûr un plaisir futur mais aussi une contrainte linéaire (occupation sur l’étagère) et une contrainte de poids (déménagement). Et là commence ma colère ou plutôt ma frustration du numérique : catalogue pauvre, DRM, outils d’annotations terribles, et profiling de la lecture.

    On peut tout de même trouver des merveilles en numérique, mais pas tout. Bachelard… par exemple… niet. Ce qui me tente de trouver un éditeur au Québec, car il est dans le domaine public au Québec.

    Répondre à karl

    • 21 novembre 2012

    Maintenant que je suis passé au tout numérique, les librairies me frustrent : je sais que si j’entre, soit ce que je trouverai sera indisponible en numérique, soit à des conditions inacceptables, soit enfin, je me sentirais coupable de ne pas rémunérer le libraire par un achat chez lui... Alors que c’était un grand moment de découverte et de papillonnage, ca a complètement perdu sa magie.

    J’avais écrit il y a quelques temps un billet sur mon blog sur le sujet ( :http://readingandraytracing.blogspot.fr/2012/02/mon-libraire.html ) en voici la copie.

    Mon libraire, je ne vais plus dans sa boutique que pour des cadeaux... Et c’était déjà le cas avant de passer au numérique.
    C’est triste, je l’aime bien, et toute son équipe agréable et dynamique aussi.
    Et serviable avec ça ! Et toujours prêt à venir nous aider à choisir...

    Mais c’est là que ça se corse. La SF et Fantasy il ne connait pas vraiment, et c’est pas le genre des autres clients non plus. Alors le rayon SF&F l’est tout rabougri. Alors quand j’lisais encore papier, si j’voulais voir un éventail de possibilités, parmi lesquelles découvrir un nouvel auteur, j’allais à la FRAC. Mais c’est loin la FRAC, de chez moi et de mon travail, alors j’y allais pas souvent. Du coup quand j’avais découvert un auteur bien en fouillant à la FRAC, j’achetais ses autres livres sur Amazoin (oui, à l’époque je n’avais pas tourné le dos à AMZ), et 3 jours après ils étaient dans ma boite aux lettres, tranquilles (et moi aussi).

    Depuis, je suis passé en numérique, et ça non plus il connait pas. Et puis les auteurs indés anglo-saxons (en VO) c’est pas son fort. Alors son conseil sur de la SF indé anglaise numérique, j’suis pas persuadé là...

    C’est simple, je n’y vais plus que pour les cadeaux pour Mamie et Tatie à Noël. Et puis aussi pour ma fille, parce que là il a du choix qui nous convient.

    Ce qui me fait plaisir malgré tout, c’est que si je ne l’aide pas, lui, mon libraire, les auteurs dont j’achète les livres, eux aussi ils sont sympas. J’cause avec eux, j’apprend un peu à les connaitre, et des fois j’les fais connaitre ; j’leur donne un coup de pousse. Des fois pour me remercier, ils me filent des bouquins gratos, mais quand c’est pas le cas, j’suis heureux de les payer pour le bonheur qu’ils me donnent. Et j’sais qu’au moins 70% de ce que je paie va dans leur poche, à eux !

    Des fois j’me sens un peu mécène, mais à mon échelle. 3$ par ci, 5€ par là. Au final, mon budget n’a pas vraiment évolué, voire même sans doute augmenté. Mais ce que je sais, c’est que le plus gros de ce que je paie va à l’auteur, pas à des "industriels de la culture", des business angels ou des marketeux, et certainement pas aux fabriquants de DRMs.

    Et ça, c’est pas triste, ça me plait.

    Répondre à TheSFReader

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