Un truc en javascript ne rend pas magiquement un site accessible

Une réflexion de fond sur la démarche d’accessibilité des sites web.

J’ai laissé il y a quelques semaines un commentaire sur l’article Accessibilité des sites internet : Le point avec Frédéric Sudraud mais il n’est jamais apparu, peut-être y a-t-il eu un problème technique.

Je rebondissais sur la phrase suivante dans l’article :

Facil’iti est à l’origine de la création d’un outil d’assistance à l’accessibilité digitale que l’on installe sur un site internet et qui permet de rendre ce site internet accessible aux usagers qui le visitent.

À défaut, je vais donc le publier ici parce que ça me semble intéressant à discuter.

Bonjour,

Je suis étonné par le raccourci de la phrase « qui permet de rendre ce site internet accessible aux usagers qui le visitent ». Non, ce genre d’outil ne rend pas accessible aux usagers : dans le meilleur des cas il améliore l’expérience sur un site qui est correctement conçu. Un truc mal fait reste un truc mal fait, un truc inaccessible aux personnes atteintes de cécité ne sera pas magiquement sauvé par un outil en JavaScript (je le sais, j’ai écrit voilà quelques années de celà la première version d’un outil repris depuis par mes camarades d’Orange sous forme d’extension).

Je ne nie pas l’intérêt de ce genre d’outil, qui vient en complément d’une démarche globale d’accessibilité, mais qui est absolument insuffisant par lui-même.

C’est imprécis et ça induit (sans doute bien involontairement) en erreur des décideurs qui peuvent penser que cet outil magique va permettre sans rien faire ou presque de régler des problèmes souvent bloquants, et ce n’est pas le cas.

Rendre un site le plus accessible possible implique deux choses je pense : tout d’abord une adhérence forte à des bonnes pratiques, notamment (voire surtout) les WCAG (Recommandations d’accessibilité des contenus web). Ces bonnes pratiques permettent autant de penser le design que le code et le fonctionnement du site. C’est ce qu’on pourra appeler l’acessibilité a minima — et on ne peut pas en faire abstraction.

Ensuite, en parallèle on peut évidemment (c’est même recommandé) travailler sur l’expérience utilisateur du site web, et c’est là qu’interviennent les widgets d’adaptation graphique et de comportement de la page, qui permettent, au-delà de la conformité à des règles génériques, d’apporter la personnalisation dont certains utilisateurs ont besoin.

C’est seulement la conjonction de ces deux démarches qui permettra de satisfaire au mieux aux besoins de nos utilisateurs dans leur variété.

Commentaires

  • Gilles ZANOLIN (11 février 2020)

    Totalement d’accord sur l’analyse, il n’y a pas d’outil miracle docteur, sauf à développer une IA à la Harry Potter qui rebelotterait tout un site selon les normes et principes d’accessibilité.

    Voici 3 suggestions

    1. « et c’est là qu’interviennent les widgets d’adaptation graphique et de comportement de la page » : ajouter comme Facil’iti ou Confort+ ?

    2. et peut-être donner une ou deux illustrations de problèmes qu’un widget ne résoudra jamais si le site est mal conçu

    3. en conclusion, faire le lien avec la recommandation de développer une filière des métiers de l’accessibilité numérique

    Pour bon usage 🙂

    Répondre à Gilles ZANOLIN

  • Frederic Sudraud (12 février 2020)

    Bonjour à tous et merci pour cet échange.

    Je suis ravi de constater que nous partageons les même préoccupations.
    Comme vous le précisez, FACIL’iti ne se réclame en aucun cas de l’accessibilité normative mais bien par contre de l’accessibilité d’usage.

    Même si nous pouvons apporter à ce jour, plus de 1000 modifications de confort sur un site équipé, et il n’en est pas moins vrai, que nous n’avons pas la prétention de couvrir 100% des besoins. Et rien de MAGIQUE ne saurait le faire !
    Mais qui le pourrait ? Et notamment sur les troubles cognitifs.

    L’importance de la complémentarité des outils et méthodes, est bien évidente et permettrait notamment d’accompagner le plus grand nombre.
    Ce dont je suis toutefois persuadé, est que le développement des différentes technologies permettra d’aller plus loin (JS, HTML, IA...) et plus vite pour apporter une réponse, qu’elle soit normative et/ou d’usage.

    Répondre à Frederic Sudraud

  • Arnaud Delafosse (23 février 2020)

    M. Sudraud, permettez-moi de revenir deux minutes sur ce que vous écrivez ici.

    Vous êtes communiquant de profession. Vous savez donc plus que quiconque que les mots ont un sens et, personne n’en doute, vous êtes suffisamment intelligent pour savoir précisément ce que vous dites. Or l’art rhétorique du « et en même temps » a ses limites.

    Vous ne pouvez pas dire ici « nous n’avons pas la prétention de couvrir 100% des besoins » et dans l’article mentionné plus haut dire que votre outil est « un outil […] qui permet de rendre ce site internet accessible aux usagers qui le visitent. » Nous savons très bien comment cela va être interprété, vous ne l’ignorez pas non plus.

    De plus, dans cette interview très récente,
    1. Vous ne pouvez pas sérieusement dire « je ne veux pas être conforme à la réglementation » puis « on fournit une réponse à la loi » quelques secondes après. Surtout que c’est inexact. Vous fournissez une réponse qui est très TRÈS loin de ce qu’exige la loi française (la conformité au RGAA).
    2. Dire « …il faudrait que les normes soient les mêmes partout dans le monde » en sous-entendant que ce n’est pas le cas et que donc votre solution résoudrait ce problème est un argument fallacieux. Sachez que quasiment tous les pays qui ont souhaité légiférer sur l’accessibilité numérique ont comme base le même référentiel : les WCAG, rédigés par la WAI (le W3C). Seuls les versions (2.0, 2.1) et parfois le niveau d’exigence (A ou AA) diffèrent mais ils ont au moins 25 critères en commun. C’est ce référentiel qu’utilisent la France (via le RGAA), les pays européens, l’Angleterre, la Suisse, les États Unis, le Canada, l’Australie, la Chine, le Japon, l’Inde, Israël, etc. (voir https://www.w3.org/WAI/policies/ et https://www.lflegal.com/2013/05/gaad-legal/). Donc les normes pour entreprendre un travail de mise en accessibilité des sites web et des applications mobiles existent pour une large partie du monde : viser la conformité aux WCAG 2.1 niveau AA est fortement encouragé par les lois de tous ces pays.

    Ailleurs encore, il y a déjà 3 ans, vous prétendiez que votre solution « …rend accessible un site Internet […] à des gens qui ont des troubles moteurs, visuels ou cognitifs… ». C’est incorrect.
    Excusez-moi de ne pas avoir le temps (ni même l’envie) d’éplucher toutes vos interventions publiques où vous tenez le même discours mais là encore, tel que vous le dites, n’importe qui pourrait croire que votre solution « rend accessible » n’importe quel site Internet à toutes personnes « qui ont des troubles moteurs, visuels ou cognitifs » or c’est faux et je ne vous l’apprends pas.

    Enfin je reviens deux secondes sur l’argument numéro un que vous ressortez à souhait du grossissement du texte. Comme si les utilisateurs qui en ont besoin au quotidien attendaient de tomber sur le site de votre client et n’avaient pas déjà recours à une solution de leur choix qu’ils utilisent sur tous les sites. Pour rappel ils peuvent choisir parmi les fonctionnalités natives des navigateurs de zoom graphique et/ou de grossissement de texte, le faire dans les préférences de leur système d’exploitation, ou encore via des extensions de navigateurs ou les logiciels de loupe écran entièrement paramétrables.

    Il y a un moment où omettre certaines informations voire rester volontairement flou et incomplet dans vos réponses n’est plus excusable, ne vous étonnez donc pas que dans la communauté des personnes dont c’est le métier de rendre le Web et le numérique plus accessible, l’envie de rétablir la vérité devienne pressante.
    Vos concurrents américains #magicButton ont même droit à des vidéos de debunk ici et , et les articles comme celui-ci « Overlays are not the solution to your accessibility problem » abondent sur le Net.

    Personne ne souhaite que vous ne vendiez plus votre solution évidemment, mais la vendre avec des arguments qui ne sont pas corrects et qui peuvent à coup sûr induire en erreur les propriétaires de sites web en leur faisant croire que leur site est soudainement « accessible » n’est tout simplement pas acceptable.

    Bien cordialement
    Arnaud Delafosse
    @arnauddelafosse

    Répondre à Arnaud Delafosse

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