Un été printanier

Encore et toujours des portraits volés.

Alors ce fut un moment très doux et très léger. Personne n’éprouvait le besoin de parler, et cette perfection simple et tranquille de l’amitié me ramenait à un vague souvenir […].

Sundborn ou les jours de lumière, Philippe Delerm

Lire des gens qui écrivent avec délectation me tire vers le haut, me sort de l’indolence passive, cette consommatrice de télévision qui me laisse, d’une certaine manière, appauvri. Alors voilà, avec Delerm, comme avec Jean Echenoz et quelques autres, à la suite de la lecture je contemple, j’observe, et rendu devant un clavier je couche en quelques mots les impressions.


Une fille porte un pantalon, un t-shirt et une casquette tous noirs comme si c’était leur première sortie, comme s’ils n’avaient jamais été lavés.

Sur son dos, en lettres majuscules blanches à empattements, j’ai cru lire « PROCTOLOGUE ». Je me suis peut-être trompé, mais j’aime l’incongruité.


Un type dont le visage a la forme d’une poire retournée, les cheveux ébouriffés d’une caricature de scientifique devant une hélice d’avion. C’est presque le cliché de l’anglais émacié des films.

Il lève son journal : il lit justement en anglais. Les clichés ont la vie dure.


Un autre, très bizarre, qui parle tout seul sur le quai et me fait diablement penser à un copain, ce qu’il sera dans vingt ans. La ressemblance me désarçonne, m’inquiète, m’interroge.


Une demoiselle vraisemblablement d’origine indienne, les cheveux impeccablement longs et lissés, les sourcils impeccablement épilés, la peau impeccablement (mais discrètement) fardée pour paraître impeccable, sans aucun bijou pourtant, brandit son téléphone portable devant elle.

Il est dans une coque dorée. Tout mis bout à bout, c’est une princesse à bijou qui ressort.


Ce midi sur une terrasse isolée du monde, avec quelques collègues, le plaisir de sourires un peu trop longs au fil de la conversation face à une personne aux yeux improbables. Je suis incurable quant il s’agit des yeux, c’est un fait.

Cette fin d’été tempérée a des airs de printemps : savourons le bonheur en petites touches.

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