Pour vivre heureux…

La fatigue des Internets est partagée, la méfiance envers les LLM aussi (en sous-texte mais je tiens à le mentionner [insérer ici une grimace]).

Je lis dernièrement des « signaux faibles », comme le percevront peut-être les profanes qui ne lisent pas les blogs et vont peut-être simplement constater plus ou moins consciemment quelques messages en moins ici ou là, ou des manifestes personnels, comme je le perçois, et peut-être avec moi les gens qui font le Web et qui y sont attentives [1] : fatigue, besoin d’exister ailleurs et autrement, volonté de protéger l’énergie autant que la vie privée, pour soi et pour les autres.

(Reprendre ici son inspiration après une phrase à rallonge dont ont le secret les gens qui écrivent beaucoup et ne se relisent pas ou écrivent comme elles pensent ou au contraire se relisent mais pensent que ça va aller comme ça les propositions subordonnées et les appositions et qu’il suffit d’écrire une arborescence dans sa tête pour bien comprendre et sinon vous pouvez toujours me demander.)

(Reprendre ici son inspiration et rigoler tout seul des bêtises qui ne font rire que moi.)

[…] I become painfully aware of how I’ve lived so much of my life on The Internet in the last six years.

La même chose mais depuis la fin du siècle dernier. Il était temps que ça change.

To protect my mental health and decouple my online presence from a company brand (at last !), I will not be announcing this new role publicly in the ways this weird industry has become accustomed to. […] I’ve deactivated my LinkedIn profile, and I’m going dark on Bluesky.

La même chose là encore.

« La façon dont cette étrange industrie s’est habituée à annoncer publiquement les changements professionnels », « J’ai désactivé mon profil LinkedIn et je deviens silencieuse sur BlueSky ».

J’ai fait pareil, mais pas sur Bluesky qui est une énième plateforme privative tech bro et facho-accueillante. Le Libre c’est la vie. Mais je m’égare.

(Sous-texte : elle parle aussi des LLM et du AI slop qu’elles génèrent désormais à la tonne.)

Je ne sais pas si c’est un mouvement de fond des gens des Internets ou juste un effet de ma petite chambre d’écho — j’ai trouvé cet article chez David comme souvent ces derniers temps —, mais il y a un recul de la présence visible et vers le soi [2].

J’en suis même, de plus en plus, à dire « un copain », « une copine », plutôt que Untel/Unetelle lié à une URL. Là encore je ne suis pas le seul, cf. chez Nicolas :

[U]une participante […]

Je ne sais même pas qui accepte d’être nommé publiquement dans un tel billet, par son vrai nom ou son pseudo…

… et les mêmes échos chez Coralie quant à la prise de distance à ce milieu tout en sachant qu’on y est forcément attaché, ne serait-ce que professionnellement :

Truth is I want to escape “the field” more often than not these days. But the field has shaped me ! So I feel like I am no good in any other field. Worse, I doubt I am any good in the field itself, as I can’t keep up with trends, or understand the direction. It no longer seems like I belong.

« On dirait que nous n’y avons plus notre place. »

Notes

[1Rappel : « gens » est un nom féminin, et il est révolu le temps où on accordait n’importe comment au nom d’une fallacieuse domination du masculin qui l’emporterait sur le féminin. Pardon je n’ai pas pu m’empêcher.

[2Ce n’est pas vraiment une expression claire en français, pensez pull from visible presence and back to oneself, si c’est plus clair.

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