Où je vais
Une réflexion sur l’image de soi et le travail.
Matt Baer prend l’occasion de son anniversaire pour réfléchir sur le « où suis-je, dans quel état j’erre ».
Where am I actually going ? For someone who thrives on challenges and variety in life, I’d chosen a single professional pursuit for the last decade of my life. Should I do something new ? Was I stagnating ? Maybe. I’ve never had a one- or five-year plan, like everyone says you need. I’ve always just had a general direction to go in, a gut feeling I faithfully followed. Only lately have I come to terms with that, and come to own it as part of my identity, whenever I feel the need to explain myself.
En résumé :
Où est-ce que je vais ? Moi qui adore les défis et la variété, je me suis cantonné au même métier pendant dix ans. Est-ce que je dois changer ? Suis-je en train de stagner ? Certes je n’ai jamais eu de plan à courte ou moyenne échéance, comme ce que les gens attendent de vous. J’ai juste suivi une direction générale, une intuition que je suivais sagement. Ce n’est que très récemment que j’ai fait la paix avec ça, et que ça fait partie de mon identité chaque fois que je sens le besoin de m’expliquer.
Je suis fasciné par ce que ça raconte « en creux ».
On connaît toustes des personnes dont l’identité est, au moins en apparence, circonscrite à leur vie professionnelle — et évidemment on craint beaucoup pour elles quand leur retraite approche.
Il y a très longtemps j’avais rencontré un psychiatre à qui j’avais dit qui j’étais : un administratif, un traducteur, un critique de bande dessinée, un hacker du dimanche, etc. (Je lui ai épargné un gars qui aime se balader, un photographe du dimanche, et j’en passe.). Je me réjouissais d’être tout ça, je pensais avoir une vie intellectuelle riche. Sa réponse en substance : « C’est très puéril de ne pas savoir se décider. ». Pan.
Fast forward 30 ans.
Je suis très content de ne pas l’avoir écouté. Je ne suis pas que mon travail. Et même : c’est justement parce que je ne suis pas que ça que, par moments, j’ai surnagé moralement (de justesse, certes).
Pour en revenir aux réflexions de Matt : j’ai commencé la vie un peu dans le même état d’esprit, je suis allé où le vent me portait, sans stratégie. Je suis bien tombé, j’ai eu beaucoup de chance (et de fort belles rencontres). Et depuis une vingtaine d’années, je suis sur des rails et je gravite autour d’un même sujet.
Ce que peut-être il ne voit pas encore, ou qu’il aura le choix d’éviter, c’est que la plupart d’entre nous se sclérose sur un certain nombre d’aspects de la vie professionnelle au fur et à mesure du temps qui passe.
Par contre, certes les rails sur lesquels je suis posé sont raisonnablement droits, mais c’est tout le reste qui continue à changer. Les jeux de rôle, pas depuis longtemps. La BD, selon les périodes et les occasions, et quasiment plus aucune critique publiée. Les bricolages Web, très peu alors que j’y passais mes nuits. La vie associative, les projets collaboratifs, au repos. La peinture de figurines, c’est nouveau. L’envie de jeux de sociétés, qui avait disparu au début de la vie adulte, est revenue très fort. La photo, que je ne pratique plus de la même manière (je prends toujours les photos, mais avec moins d’empressement à les publier, et encore moins à les traiter en post-production, fût-ce seulement les contrastes et la lumière). Les romans, qui sont redevenus ce que je lis le plus.
Et à travers tout ça, j’apprends de nouvelles choses, je croise des savoirs acquis dans d’autres domaines, tout se nourrit de tout à des degrés divers.
Bref voilà. On n’est pas que son travail, et c’est tant mieux.
Commentaires
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C’est d’une connerie sans nom, cette phrase. Tu as bien fait de ne pas trop te décider !
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Hello.
Comme sacrip’Anne l’a dit, c’est un propos con.Ca fait plaisir de lire ce billet. J’aimerai que nos entourages s’en accaparent... Et voient un peu plus les humains que les travailleurs (ou sans boulot) autour d’eux.