Le bonheur et la mort

Ceci n’est pas un article triste.

Il y a une semaine, nous avons euthanasié mon chat Max. Perte de poids dramatique en un mois et quelque, grosse tumeur, et la seule promesse médicale était de prolonger sa vie d’un temps indéfini (quelques jours ? quelques mois ?), au prix de sa souffrance, que ce soit à coups de perfusions dans une cage solitaire chez la vétérinaire, ou des opérations chirurgicales au résultat hasardeux. Donc j’ai pris la décision.

C’est curieux, j’écrivais en décembre que j’étais heureux.

Et pour la première fois de ma vie, ce deuil n’a pas été le même.

Bien sûr il y a eu les violentes crises de larmes, et puis les moments par la suite où ça te tombe dessus de façon inattendue. Quand son coloc Seiki attend que tu remplisses un deuxième bol avant de manger sa pâtée, il te rappelle violemment le vide laissé. Quand tu dois jeter les factures de vaccination, le carnet de santé. Quand tu nettoies les plaids du canapé pour enlever son odeur et permettre à son coloc de l’oublier aussi. Quand tu regardes les boîtes de pâtée qu’il adorait, que tu achetais rarement, mais qui est la dernière chose qu’il ait bien voulu avaler, jusqu’à la veille de son départ. Ad infinitum.

Mais aussi, depuis une semaine, j’ai beaucoup de souvenirs gais.

Son arrivée, et la façon qu’il avait de trottiner vers nous dès que nous nous accroupissions.

Les longs moments à la fenêtre à regarder les oiseaux.

Les longs moments ensemble lui et moi à la fenêtre pendant les confinements, là encore à regarder mais aussi à humer et à écouter la vie étrange qui arrivait encore en-dehors de nos cages.

Les ronronnements à un mètre de moi, juste parce que je le regardais, que j’entendais en retour depuis cette distance.

Les blottissages pour un oui pour un non.

Les recouchages du dimanche, en boule contre moi.

L’admiration devant ses beaux yeux.

Le pot de colle. Les câlins. Toujours les câlins.

Les visites sur les genoux pendant les réunions en vidéo, et toutes les personnes avec qui je travaillais régulièrement qui s’attendaient à son passage.

L’haleine de coyote, aussi. C’était rigolo.

Il n’est pas pour rien dans la sauvegarde de ma santé mentale pendant les confinements. Ni dans ce qui est arrivé par la suite. Ce chat était une de mes bouées.

Et donc il est mort. Et la peine de le voir maigrir à vue d’œil et de sentir les os sous la peau, de le voir refuser un câlin et s’allonger un peu plus loin parce que ça devenait pénible, de constater sa faiblesse, son épuisement, toute cette peine est contrebalancée par tellement d’amour et de bonheur.

Malgré toute cette peine, je suis encore heureux. Épuisé par ces dernières semaines, mais encore heureux. C’est très nouveau pour moi, de commencer à comprendre ce que j’ai pu lire sporadiquement ici et là depuis dix ans.

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