Journée mondiale de sensibilisation à l’accessibilité

Le 17 mai 2018 (aujourd’hui, donc), c’est la Journée mondiale de sensibilisation à l’accessibilité. Je voulais parler d’un sujet qui me tient à cœur depuis un moment, c’est l’occasion.

Lu dans le Guardian en janvier dernier :

I’ve never been personally approached or verbally abused, but on days when I feel I don’t need my walking aid, I’ve sometimes endured long judgmental stares. As much as I hate to admit this, but struck by an irrational, undeserved feeling of shame, and the desire not to be verbally challenged, I have occasionally “put on” a limp and a slower-than-normal walk in an attempt to “justify” my parking. Then I feel not only silly and dishonest, but that I’ve “let the team down”, ashamed of perpetuating the myth that in order to justifiably use an accessible facility, I must outwardly display my disability.

You know, that middle-aged woman going up just one floor in a packed lift, inconveniencing everyone else – that’s me. I can’t climb stairs. That twenty-something fit-looking bloke slipping into the disabled toilets instead of waiting in the queue – that look on his face isn’t guilt, it’s fear of being judged because he doesn’t look disabled. He has a full colostomy bag, or is having a anxiety attack, or needs a hand rail to rise from a seat.

En résumé : ces gens qui vous semblent normaux [1], qui ne sont pas dans un fauteuil, qui n’ont pas une canne blanche, peuvent aussi être handicapés.

Pire encore, la grande majorité des handicaps est invisible (une collègue avance le chiffre de 80%, mais je n’ai pas la source – on vous tiendra au courant).

Par exemple, je connais un gars qui préfère rester chez lui parce que son handicap (insoupçonné par toute la profession, qui l’a rencontré au travail, en réunion, voire en conférences) lui est très pénible.

Autre exemple : les sonotones des générations précédentes permettaient facilement d’identifier un vieux dur de la feuille. Aujourd’hui, quand j’annonce que je suis handicapé, les gens voient que j’ai un œil étrange [2]. Par contre quand dans une réunion où les gens articulent peu [3], je mets ma main en cône derrière mon oreille, ou, de temps en temps, quand je me permets d’interrompre la personne qui parle d’un « vous savez, quand je parle d’accessibilité, c’est aussi à l’oral pour les gens à moitié sourds à l’autre bout de la table », à ce moment-là seulement on découvre que je suis appareillé.

On estime de 15 à 20% le nombre de personnes handicapées. Une personne sur six, pour faire simple. Comptez les gens que vous croisez, et toutes les six personnes marquez le temps en claquant des mains. Vous verrez comme le tempo est rapide.

En un mot comme en cent : non seulement on ne peut jamais préjuger de la capacité de nos utilisateurs à appréhender et manipuler les interfaces que nous produisons, mais en plus la plupart des personnes handicapées que nous croisons nous sont invisibles. C’est donc un devoir et une nécessité de construire des sites web, des applications, des services accessibles.

Notes

[1Oui, appelons un chat un chat. Je ne mets donc pas de guillemets autour de « normaux » parce que dans la phrase « ils me semblent normaux », le locuteur/la locutrice pense ce qu’il dit.

[2Ou pas (ah tiens, article écrit pile dix ans plus tôt, je faisais le GAAD avant le GAAD !), mais quand même, la plupart du temps, faut pas déconner non plus, ça se voit – enfin si vous voyez avec suffisamment d’acuité (justement).

[3Le cadre pressé, le designer stressé, le développeur timide, par exemple, sont des bons cobayes à observer, qui montrent l’un, l’autre ou plusieurs des aspects suivants : ils parlent dans leur barbe, mangent des syllabes, cachent leur bouche avec leur main.

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