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Touriste !

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 16 mai 2008

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3 commentaires

Je ne vois que d’un oeil : c’est le type de problème suffisamment discret pour qu’on ne le remarque pas. Mes techniques de compensation, elles, se remarquent et me valent des quolibets. Comme j’ai l’âme râleuse, je vous offre un peu de mon quotidien.

Pour ceux qui ne le savent pas encore (par exemple si, ami lecteur, tu tombes sur ce site au hasard de tes pérégrinations), sachez que je ne vois que d’un oeil.

Mais comme rien n’est simple, mon oeil gauche n’est pas complètement aveugle. Il est juste assez efficace pour m’informer des zones de luminosité, des très grandes zones de couleur, bref de choses assez inutiles sauf pour vous prévenir du danger (« là ! une voiture ! ah, trop tard ! »).

J’ai acquis depuis longtemps la désinvolture suffisante pour m’accommoder du fait, et pris, comme tous les gens qui ont des défauts [1], l’habitude de les pallier.

Voilà quelques petites anecdotes, comme ça, pour partager le quotidien d’un défaut pas très important mais générateur de taquineries qui, parfois, fatiguent un poil.

« Tu es vraiment un touriste ! »

Même en plein hiver, j’arrive souvent au bureau avec des lunettes de soleil. C’est évidemment une aberration pour le grand public, qui n’a de lunettes que pendant les grandes vacances, et à l’extrême rigueur qui les laisse prendre la poussière dans la boîte à gants le reste de l’année.

C’est qu’on oublie vite, quand on a deux yeux, que le soleil d’hiver est très fort. Quant à celui d’automne, la luminosité diffuse à travers les nuages, n’en parlons pas.

Un seul oeil valide, c’est un effort soutenu et permanent ; et quand vous avez un rayon de soleil dans un oeil, tout naturellement vous le fermez. Moi, si je ferme le seul oeil que le rayon de soleil indispose vraiment, je n’ai plus qu’à m’équiper d’une canne blanche.

En été, je pousse même le vice, ébloui comme je le suis, jusqu’à porter une casquette. Oui, comme un jeune ! Non mais rendez-vous compte jusqu’où je pousse le vice : parfois même, le soleil a le front d’éclairer violemment le bureau où je travaille. J’ai donc toute l’année une casquette posée sur mon bureau, et je la porte dès que je ne peux plus voir mon écran.

Alors, est-ce que ça fait de moi un touriste ?

« Tu pars en rando ? »

Je vous propose un petit jeu : fermez un oeil et promenez-vous dans votre environnement.

Vous découvrirez alors que le sol que vous croyiez plat ne l’est pas : vous avez compensé inconsciemment les irrégularités en vous appuyant sur la triangulation que vos yeux ont accomplie naturellement [2].

Maintenant, avec cet oeil fermé, allez marcher dans la rue à la même vitesse que les autres gens. Là, votre surface de vision étant fortement réduite, vous découvrez que vous devenez plus concentré à éviter les obstacles, mais qu’en même temps vous en voyez moins.

Vous allez très vite vous surprendre à marcher d’un demi-pied sur un bord de trottoir, à glisser sur une margelle : faites attention, c’est comme ça qu’arrivent les entorses !

Pour tenter de réduire le problème, je porte presque toute l’année des chaussures qui englobent la cheville, pour la renforcer un peu [3].

Je dois donc être un type désinvolte qui se croit déjà en vacances et prépare sa randonnée, comme on me le fait remarquer périodiquement.

Ce n’est pas méchant

Je vois d’ici les commentaires affluer : Mais, allons, ce n’est pas méchant. Ce sont des boutades, et dans le monde du travail c’est très courant. Après tout, c’est plutôt bon signe, cette ambiance de cour d’école un peu potache.

Oui, vous avez raison. Mais figurez-vous que de temps en temps malgré ma bonhomie de façade, j’aimerais bien qu’on me lâche juste un peu les baskets.


Notes

[1Donc, en gros, tout le monde, si tu regardes bien, ami lecteur.

[2On appelle ça la stéréoscopie, si comme moi vous aimez briller en société.

[3Un simple escalier suffit très souvent pour que je trébuche, j’ai même eu droit à un arrêt de travail pour une entorse sur la dernière marche d’un escalier !


Commentaires

    • 16 mai 2008

    Ce n’est pas méchant, ce n’est pas méchant !! A la longue, ça doit user, et c’est toute la journée par untel et bidule et machin... donc on te comprend, Stéphane sourire
    J’imagine, quelqu’un me dirait toute la journée "range tes affaires", c’est clair qu’au bout de la journée en question, je mettrai volontiers de l’arsenic dans ses pâtes carbo :))
    Mais n’oublie pas, quand ils seront vieux, aveugles et sourds, tu auras ta revanche et ils seront maladroits, eux clin d'œil héhéhé :))

    Répondre à Mimi

    • 11 juin 2008

    Moi aussi j’ai quelques problèmes de yeux, et malgré cela je m’amuse à être sur l’ordinateur toute la journée, avec des lunettes, sachant pertinemment que le soir, ça sera comme avec les oignons : ca me fera pleurer...
    J’essaye d’être raisonnable du moins, mais pas facile quand on fait des études d’informatique.

    Les lunettes restent assez passe-partout, il y a beaucoup d’informaticiens avec des lunettes...

    Répondre à Asahi

    • 4 juin 2009

    D’ailleurs merci de prendre notre que je ne suis pas ROUX !

    Répondre à Adrien Leygues

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