nota-bene.org > Des mots > Survivance de la langue

Survivance de la langue

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 7 novembre 2014

URL courte : http://nota-bene.org/1006

2 commentaires

La langue vivante, bien que bouillonnante, est aussi une madeleine.

Karl parle de cette boutique à Rouen, liée à son enfance :

À chaque fois que je rentre dans le magasin Heloin rue des carmes à Rouen, ce n’est pas un morceau de chocolat que je viens chercher, mais le souvenir d’une jubilation d’enfant.

Je dis à qui veut l’entendre que, poussé par Bernard Pivot à conserver toute la belle richesse de notre langue, je veux en utiliser la plus grande variété et éviter la terne palette des mots les plus usités [1].

Non, pas l’éviter — pas plus, pour continuer sur cette métaphore, qu’on évite les couleurs primaires quand on embrasse tout le cercle chromatique [2] — pas l’éviter, mais l’enrichir le plus souvent possible, décorer ce qui rentre dans les oreilles en toute immodestie.

Mon fils, à quatre ans, avait surpris sa maîtresse d’école d’un « c’est cocasse » fort à propos.

Mais des phrases lui viennent spontanément aux lèvres, que sa mère utilisait dans le même contexte, des expressions qu’elle n’a pas le souvenir d’avoir utilisées avant, comme « le temps est mou », « il m’a tenu le crachoir », chacun son tour comme à confesse », etc. C’est comme si sa mère parlait par sa bouche et avec elle toute une lignée de gens.

— Annie Ernaux, Les années

Je me rends compte que de plus en plus souvent j’utilise et je défends, en plus de la langue canonique, des régionalismes solognots et même des idiomatismes familiaux.

La famille, autre point de départ crucial de la langue vivante.


Notes

[1… et si possible m’offrir le luxe d’un mot français en lieu et place d’un anglicisme

[2Si dans cette phrase tu penses à Baudelaire, ami lecteur, viens là que je t’embrasse.


Commentaires

    • 11 novembre 2014

    Les outils du monde numérique.

    Certains outils aident à améliorer son écriture et son exactitude. Les OS communs possèdent des correcteurs orthographiques, parfois multi-lingues, et ils sont parfois accompagnés de dictionnaires assez riches.

    Cependant, un dictionnaire est une fenêtre pauvre sur l’exploration du langage et de la richesse de la langue. Il manque dans ces systèmes un moyen d’explorer un peu plus le champ thématique d’un domaine. Imagine qu’écrire le mot « poème » avec son clavier permet de proposer et développer en de nombreux chemins toute la dimension des poèmes. De s’écarter du terme générique afin de pouvoir trouver le mot un peu plus juste.

    Utiliser une langue riche vient aussi avec le plaisir de l’exploration et peut-être que nos outils n’aident pas alors que nos relations sociales physiques y sont plus favorables. En ce moment, je ne te parle pas. Je parle à un ordinateur silencieux qui va le transmettre un message. Tu pourras me répondre, mais finalement nous avons perdu dans cet intervalle les collisions de nos vocabulaires réciproques.

    Répondre à karl

    • 11 novembre 2014

    Petit oubli.

    Il est possible de créer son propre dictionnaire dans Mac OS X, c’est un peu complexe, mais peut-être que si les outils d’édition de dictionnaires des plateformes étaient plus faciles à manipuler, de même nous pourrions enrichir nos explorations.

    Répondre à karl

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Tous les liens sortants comporteront un attribut rel="nofollow". Merci de ne pas spammer.

Ceci est la version Bureau Afficher la version Mobile