nota-bene.org > Des mots > Suranné

Suranné

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 7 août 2013

URL courte : http://nota-bene.org/974

3 commentaires

Attention, une attaque de lexique enragé !

Il y a quelques années tandis que nous devisions gaiement, le mot « suranné » surgit au milieu de la conversation. Yves T. fait remarquer comme il est intéressant que « suranné » soit lui-même un mot… suranné.

Depuis lors je m’amuse à noter ces petites choses.

Tenez : il y a quelques jours un collègue me demande si ça va. Moi, évidemment, de répondre « Et toi, l’à matelas ? » Prononcé vite, on ne comprend plus et on entend : « Et toi, lamatla. » S’ensuivent, dans l’ordre :

  1. circonspection,
  2. demande de répétition,
  3. explications,
  4. gausserie générale sur un vieux truc qu’on ne connaît plus (pas méchant non plus, ne nous offusquons pas).

Alors m’échappe un « j’aime l’humour patrimonial. » Gausserie derechef, parce qu’effectivement on ne le dit pas si souvent. « Patrimonial, » c’est vrai qu’il faut pouvoir le placer. Ça surprend.

La plupart du temps je me retiens, pourtant.

Quand je dis « jargon, » ce qui est fréquent dans nos métiers, je pense « idiolecte » mais j’évite de le dire, les gens entendent surtout « idiot. » C’est idiot.

De même que je dis « lexique » quand la plupart des gens disent « vocabulaire. »

C’est comme ça.

Nous avons à notre disposition une langue tellement riche et tellement belle que je me sentirais comme un designer devant Microsoft Paint en 8 bits si je n’utilisais que les 500 mots de base.

Ainsi par exemple du très à la mode « mythique, » ou de l’anglophone « priceless, » pour dire « inoubliable, » « formidable, » que je préfère évidemment (avant d’écrire ce billet j’ai fait attention à ce que je dis et compté environ un « formidable » par semaine, et une vingtaine de « intéressant »).

Ce côté Claude Hagège pourra déplaire je suppose, mais je ne m’en déferai pas. Ces détours vers des mots moins usités sont pour moi des arabesques et des dégradés, du pointillisme que même, de loin, vous ne verrez pas, ou seulement une partie. Mais je saurai que les points sont là, et c’est avant tout ce qui me motive.

Certains sont des parvenus financiers, moi je suis un parvenu langagier.


Commentaires

    • 7 août 2013

    Quelle verve, je m’en lèche les babines.

    Répondre à karl

    • 7 août 2013

    Nous avons à notre disposition une langue tellement riche et tellement belle que je me sentirais comme un designer devant Microsoft Paint en 8 bits si je n’utilisais que les 500 mots de base.

    Ah mais tu ne crois pas si bien dire ! Je tiens le même raisonnement quant à la richesse de vocabulexique (ou lexicabulaire, c’est pas mal non plus) dont nous disposons en html : plus nous connaissons de balises plus nous pouvons faire de jolies "phrases" et plus nous avons de point d’accroches variés pour servir CSS (plutôt que d’utiliser foultitude de div id header, footer, adresse, etc.) J’avais écrit un vieuuux truc intitulé "webdesign un jour de plus" en 2002-3 qui parlait déjà de ça. Je ne remets plus la main dessus.

    Répondre à Emmanuel

    • 8 août 2013

    Et c’est comme ça que ton fils, au lieu de me dire ce midi "j’m’en fous j’débarrasse pas mon assiette" m’a dit : "je m’épargne le fait de débarrasser mon assiette."

    J’ai trouvé ça un peu mal tourné, un peu lourd grammaticalement, et mon pied au cul a fait le reste !

    Répondre à Stéphanie

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Tous les liens sortants comporteront un attribut rel="nofollow". Merci de ne pas spammer.

Ceci est la version Bureau Afficher la version Mobile