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Stigmates

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Un article de Stéphane

Publié le 1er décembre 1998

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L’histoire courte du même titre parue dans le recueil collectif Le retour de Dieu (Autrement) ne m’avait pas convaincu. Trop courte ? Trop cryptique ? Et puis là, en presque deux cents pages, un choc.

L’histoire courte du même titre parue dans le recueil collectif Le retour de Dieu (Autrement) ne m’avait pas convaincu. Trop courte ? Trop cryptique ? Et puis là, en presque deux cents pages, un choc.

© Lorenzo Mattotti et Claudio Piersanti La première fois que je l’ai feuilleté, je ne l’ai pas acheté. Le préjugé que m’avait laissé la nouvelle... Mais enfin. Un petit mot de Gregg (hé oui, encore) était tout ce qui me manquait : "Tu as lu Stigmates ?" Il a suffi de ça ! Parfois, la lecture d’un chef-d’oeuvre ne tient qu’à quelques mots !

Toute cette histoire est construite comme une parabole, une revisitation intelligente des charlataneries messianiques. Et si certains avaient vraiment les mains qui saignent ? Et si ce symbole de l’expiation n’était que le signe physique (psychosomatique ?) d’un mal-être ?

Le héros-sans-nom est ballotté par la vie (tout sauf sainte) ; on le prend tour à tour pour la réincarnation du Christ, pour un cinglé qui s’auto-mutile, pour une vache à lait...

Cette histoire donne à chaque sexe un rôle bien défini, comme dans un complexe d’Oedipe extrapolé à l’humanité toute entière vue par les yeux du héros. L’homme est générateur de souffrance dans chacune de ses apparitions (les truands du bar, les médecins, les forains...) ; la femme quant à elle est la consolatrice, celle qui guérit littéralement l’homme-enfant blessé par le monde (sa femme, la bonne soeur...). [1] De même que l’enfant se réfugie dans ses univers fantasmatiques, le héros sans nom trouve sa place au cimetière : les morts de l’adulte cèdent la place aux fantômes de l’enfant.

© Lorenzo Mattotti et Claudio Piersanti C’est ce fameux personnage central (la définition du "héros" devenant impossible à appliquer, je vais cesser de l’appeler ainsi) qui devient une passerelle : Jésus faisait le lien entre l’Homme et Dieu, lui rapproche hommes et femmes par son état même. Par moments, les stigmates ont l’apparence de sexes de femmes (sa femme les embrasse d’ailleurs en un semblant de cunnilingus), tandis que la forme de cet homme évoque la force virile, brutale, sans contrôle (image renforcée par sa forte consommation d’alcool et son langage de charretier).

Le dernier chapitre montre comment on concilie les deux aspects, puisqu’il devient volontaire pour aider les pauvres. Il devient mère, il devient père. Il devient un homme, enfin.


Notes

[1Sandra (ma femme à l’époque de cet article) est rebutée par la violence paradoxale qui se dégage du dessin, à la fois tout en rondeur et en même temps si fort (les hachures qui "griffent" la page ?). Finalement, elle vient appuyer ma théorie de l’opposition/réconciliation homme/femme.


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