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Président, démission !

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 2 novembre 2007

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11 commentaires

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Autant que vous le sachiez de source sûre : dans deux semaines je préside encore une fois Paris Web et puis après j’arrête. La vie m’a rattrapé, mais on ne va surtout pas pleurer pour ça.

Un peu d’histoire

Il y a dix ans, à quelques mois près, j’ai été connecté à internet. Waouh [1].

J’ai alors découvert qu’on avait moyen de communiquer avec d’autres gens, de partager sa passion, en abolissant les distances.

J’ai donc, comme tout le monde, monté mon site.

Mal, bien sûr.

Et puis refait le site.

Mal, bien sûr.

Et puis refait le site.

Ainsi de suite pendant des mois.

J’étais incollable sur les différences de rendu entre IE 3, IE 4 et Netscape 4, comme si ç’avait même pu intéresser quelqu’un à part moi, qui collectionnais les bugs comme un entomologiste.

Au départ je voulais parler de bande dessinée. J’ai rencontré des gens formidables, des Gregg, des Xavier, des Jean-Noël et Nathalie. Des gens qui ont fini, au bout de deux ans, par me persuader qu’il fallait vite aller voir le vaste monde et gagner ma vie sur le web au lieu de continuer à végéter comme une Drôle de Dame sans son Charlie.

Me voilà monté à la ville en 1999, me battant avec des vrais bugs de combat et une armada de contournements Javascript, de bricolages HTML à base de tables, de plus deux pixels par-ci et de moins trois pixels par-là.

À l’époque, les bonnes pratiques... connais pas. Il faut produire vite des sites jetables, de toute façon les clients en voudront un autre encore plus classe dans un an.

On commence à peine à frémir à l’idée que Netscape a ouvert le code source de son navigateur (un truc qui s’appelle Mozilla en hommage au premier moteur de navigateur, ou quelque chose comme ça). Les rumeurs disent que Netscape 5 ne comprendra même pas le Javascript qu’on a écrit pour Netscape 4 : ils sont fous chez Netscape.

On commence aussi, en même temps, à trouver que passer son temps à débugger des sites pour que le client soit heureux [2] n’est pas très productif. Tout est fait en double, en triple parfois. Tout est jetable, impossible à maintenir.

Mais on s’en fout, on est jeunes, et puis demain les clients repaieront pour qu’on leur refasse leur site !

Bonnes pratiques : la révélation

Petit à petit au fil des années, les clients ne veulent plus payer parce que le web c’est gentil, mais niveau plus-value et retours sur investissement c’est quand même zéro, à part comme boîte aux lettres. En plus le web avec ses bulles produit des krach boursiers à la vitesse où Mumm produit des bouteilles (lui aussi avec des bulles, comme quoi).

Au final, le constat : on veut faire le travail une seule fois, qu’il soit possible de le maintenir sans dépendre des caprices des navigateurs, et que ça ne coûte pas cher.

Et là (sonnez trompettes), vous découvrez les standards.

Pardon : les Standards. La majuscule est capitale, si vous me permettez l’expression.

Comment ? Quelles sont ces sirènes qui vous évoquent des lendemains qui chantent où vous ne finirez plus votre travail après la nuit ? Qui sont ces gens qui se cachent derrière le Standblog, Mammouthland, Blog and blues, Cybercodeur et que disent-ils ? Et puis tiens, c’est nouveau, Openweb ?

Un jour, sous leur influence néfaste, vous finissez même par lire les trucs imbouffables par excellence : les documents du W3C que vous vous étiez promis de ne jamais-au-grand-jamais lire parce que décidément vous n’êtes pas un technicien. Et vous y trouvez les réponses, vous remplacez une approche empirique par une approche normaliste.

Entretemps vous avez découvert Pompage, et vous décidez même de participer, parce que vous avez vu la lumière et vous voulez que les autres la voient. Les standards c’est bon, même pour l’entreprise !

Au passage, vous réalisez aussi que vous n’avez jamais eu la maîtrise de ce qu’affichaient les navigateurs de vos clients. C’est toujours ça de pris : d’abord vous tombez de votre chaise, ensuite vous vous réfugiez dans la dénégation — et puis vous acceptez l’évidence ; le monde des navigateurs, c’est l’anarchie la plus complète. Le pire, surtout, c’est que c’est ce qui rend ce boulot marrant !

Faire des choix

En deux mots comme en cent : le petit frère d’Openweb et de Pompage s’appelle Paris Web.

La seule solution pour se concentrer sur cette nouvelle initiative, c’était de freiner un certain nombre d’autres participations. J’ai donc démissionné du comité rédactionnel d’evolt, levé le pied sur Pompage (où je m’étais retrouvé administrateur technique du système de publication), mis en sommeil quelques projets [3].

J’ai eu la chance de soumettre l’idée à quelques personnes motivées [4], et d’avoir par là-même réalisé un rêve : décider de faire une conférence en Français, lister tous les orateurs qu’on aimerait y entendre, et les voir accepter l’un après l’autre avec enthousiasme. Nous avons commencé à trois avec Éric et Adrien, en se répartissant les rôles de président, trésorier et secrétaire presque à la courte paille. Me voilà donc président.

Revenons au présent (ou : la « vraie vie » reprend ses droits)

Une suggestion d’Adrien avait marqué mon esprit : et si, comme dans d’autres associations auxquelles il participe, on renouvelait le bureau tous les deux ans ?

Hé bien figurez-vous qu’à la prochaine Assemblée Générale de Paris Web, nous en serons là, à la fin de ce premier cycle à la longueur arbitraire, et que je trouve qu’il a absolument raison.

Sauf qu’entretemps, nous avons eu un deuxième enfant, mon travail est devenu plus prenant (beaucoup de déplacements notamment, donc beaucoup de temps absent de la maison), et Paris Web a changé d’ampleur : une assistance deux fois plus grande, deux fois plus d’orateurs...

Et je n’ai plus assez d’énergie pour tout. Je viens d’ailleurs d’envoyer ma démission au WaSP ILG [5].

Maintenant, il reste deux semaines pour mener à bien Paris Web 2007, et puis là aussi, je démissionnerai. Ce sera plus radical qu’une simple rotation, et mes camarades commencent déjà à me taquiner sur le fait que je serai incapable de démissionner pour de bon, mais je tiendrai : ça a beau être la plus belle chose que j’aie vécue professionnellement, c’est aussi un gouffre à énergie.

Or, surprise, la vie de famille aussi !

J’ai décidé de ne plus devoir choisir entre ma petite tribu et Paris Web. Ne plus être tendu avec les enfants pour qu’ils soient au lit assez tôt pour pouvoir assumer le volume quotidien de travail-en-plus-du-travail.

Et puis relancer quelques projets laissés en friche, refaire ce site une énième fois, publier plus fréquemment des photos, reparler de bande dessinée (chiche !), et puis, et puis, et puis... on verra plus tard.

Voilà. La première année, c’était fantastique. La deuxième s’annonce encore meilleure, comme si c’était possible. Mais il faut faire des choix, en conséquence de quoi je ne serai pas organisateur de la troisième.

Longue vie à Paris Web !


Notes

[1Oui, parce qu’à l’époque, être connecté à internet, c’était « waouh ». Un peu comme avoir sa propre mobylette au lycée quelques années plus tôt, vous voyez ? Je précise parce que je sens que dans l’assistance il y a des gens qui ont l’impression que ça va de soi. Bande de jeunes !

[2Ah oui parce qu’évidemment, il y a une constante : le client a toujours le navigateur qui plante sur votre site ou qui affiche les pages toutes cassées.

[3Par exemple je n’ai pas retouché mon site depuis deux ans, ce qui est une aberration pour les gens de notre milieu. C’est comme un malade de tuning qui n’achèterait pas d’accessoires pour sa voiture pendant deux ans !

[4Avec le recul, on peut aussi remplacer « motivées » par « complètement cinglées » devant l’ampleur de la tâche !

[5Je n’y faisais pour ainsi dire que de la figuration, mais c’est symbolique tout de même.


Commentaires

    • 2 novembre 2007

    Bouh c’est triste triste
    Mais compréhensible...

    J’ose juste espérer que ça te manquera trop et que tu te ré-impliquera autant !
    Mais tu as raison, ne rate pas de si bons moments, pense à toi aussi clin d'œil !

    En tout cas j’ai hâte de t’entendre parler (enfin... lire) de bande dessinée ! (Comme ça maintenant tu es obligé de le faire langue tirée)

    Répondre à Neovov

    • 2 novembre 2007
    • en réponse à Neovov

    Bouh c’est triste.

    Meuh non c’est pas triste : Paris Web c’est 9 personnes dans l’équipe. J’ai un pincement évidemment parce que j’y mets beaucoup de moi (donc il y a le côté « c’est mon bébé ») mais la bande y met énormément du sien aussi. Et comme l’année dernière on avait presque tout fait à trois, il n’y a aucune raison que ça s’arrête là.

    Mais bien sûr que ça va me manquer. C’est très galvanisant, une expérience comme celle-ci, avec une bande comme celle-là.

    Quant à la bande dessinée, il y a déjà plein d’archives pour te faire les dents. L’observateur attentif constatera que les chroniques se sont raréfiées au fur et à mesure que mon engagement dans le web de qualité s’est accru clin d'œil

    Répondre à Stéphane

  • Si tu crois qu’il suffit de l’annoncer en public pour qu’on te laisse démissionner ...

    Plus sérieusement, il va aussi falloir que d’autres personnes rejoignent l’équipe pour prendre les places qui se libèrent.

    Répondre à Eric

    • 3 novembre 2007

    "Par exemple je n’ai pas retouché mon site depuis deux ans, ce qui est une aberration pour les gens de notre milieu."

    Et moi, ça fait depuis 2004 que j’ai un thème par défaut Dotclear.

    Répondre à Juju

    • 5 novembre 2007
    • en réponse à Eric

    Si tu veux dire par là qu’il va bien en falloir deux ou trois pour en remplacer un comme lui, je plussoie fortement...

    * met son costume de poulet *

    "Bye bye prééésideeeeent !"

    Répondre à an.archi

    • 5 novembre 2007
    • en réponse à Eric

    Si tu crois qu’il suffit de l’annoncer en public pour qu’on te laisse démissionner...

    Je vous écris ces quelques mots de la cave d’Éric, où je suis séquestré depuis maintenant trois jours.

    Vite, vite, soyez volontaires pour Paris Web 2008 : j’ai peur de ne pas tenir bien longtemps au pain et à l’eau.

    Le rat du fond de la cave trouve que le pain est bon.

    (« déjà trois jours de détention pour notre camarade Stéphane Deschamps ») sourire

    Répondre à Stéphane

    • 5 novembre 2007
    • en réponse à an.archi

    Ah, Fabien, je veux te voir en costume pour Paris Web. J’insiste !

    Répondre à Stéphane

    • 5 novembre 2007

    Et bien ça c’est de la nouvelle à laquelle je ne m’attendais pas, mais que je comprends à 200% !

    La première partie de ton post Stéphane me rappelle le recul que je prends de plus en plus fréquemment. A force d’annoncer en rdv que je connais Internet (du côté de ceux qui le produisent) depuis 1996, j’en arrive à me dire "mais bon Dieu tu as plus de 10 ans d’expérience sur un secteur que les gens connaissent depuis une quinzaine d’années à peine, tout au plus...".

    Loin de moi la vantardise mais plus une constatation, un voilà-c’est-comme-ça-tu-te-situes-là. C’est un "choc", comme toujours quand on prend du recul sur soi et que l’on regarde derrière. C’est aussi une fierté de participer à la construction d’un truc - le Réseau - dont on ne cerne pas tout le potientiel futur ni l’évolution (révolution ?) en marche.

    Quelle que soit ta décision, Stéphane, tu peux te dire que tu as, parmi tant d’autres sur l’édifice, déposé ta pierre.

    Au plaisir de voir les autres prestigieux cailloux que tu déposeras, de te lire sur la BD et sur tes 20 ans de recul sourire

    Répondre à Christophe C

    • 12 novembre 2007

    Cette décision a donc bien un rapport avec "les vieux qu’ont de l’âge" clin d'œil Je ne doute pas qu’Eric est prêt à reprendre le flambeau et assumer la lourde charge de président de l’association Paris Web.

    On se (re)verra sans doute au Forum PHP, vu que tu es orateur en fin de première journée — j’ai dû faire un choix entre Paris Web, @media Ajax et le Forum PHP pour cause de timing. Dommage j’aurais bien assisté à la session de Chris Heilmann... Mais peut-être sera-t-il présent à @media Ajax le 2ème jour (!?)

    Répondre à Michaël Guitton

    • 12 novembre 2007

    Démission, je dis non, démission, je dis non sourire
    Me voilà parti à manifester, dis donc !! Comment ça, je monte à la capitale pcq un type qui s’appelle Stéphane me demande super gentiment si ça me dit de blablater devant 300 personnes, je dis oui et là, j’apprends qu’il se défile !!! Ah non alors, je proteste, je manifeste contre le défilement du Stéphane et pour ça, je fais grève le 15 novembre à 14h :))
    Bon sur ces conneries, moi j’avais déjà dit que je voulais bien plier les enveloppes ou préparer les dossiers ou distribuer les stylos à l’entrée :)) ça tient toujours clin d'œil
    Cela dit, je comprends que les bouts de choux, ça ne demande qu’à pousser au soleil de leur papa sourire
    Bisous

    Répondre à Mimi

    • 20 novembre 2007

    Bon retour à la vie de famille !

    Bravo encore pour le taf accompli, j’espère que la relève sera au rendez-vous sourire

    Répondre à Thanh

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