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Politique, société, prise de conscience sont sur un bateau

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 18 novembre 2003

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2 commentaires

Frères humains, qui en même temps que nous vivez, il reste peut-être un espoir.

Du web et de ses application sociales

Samedi dernier j’étais à la journée spip organisée à la Maison des Métallos et j’ai assisté à la conférence-débat sur les aspects sociaux liés à l’usage de ce logiciel de publication (voir la présentation que pittbf et moi-même avons écrite).

Comme tout le monde à un moment ou à un autre dans sa vie, je cherche du sens dans ce que je fais tous les jours, et l’idée que je ne suis sur terre que pour gagner assez d’argent pour vivre ma petite vie égoïste et enrichir mon employeur ne me semble pas suffisante pour avancer. Tristan (et Denis par ricochet) en sont les dernières victimes les plus notables dans ce que je considère comme "mon entourage en ligne".

J’ai donc eu la joie samedi dernier, outre de pouvoir serrer la main de quelques-unes des grandes figures que sont Arno* et Ben, de pouvoir entendre des vraies personnes du vrai monde parler de vraies utilisations d’internet, qui relient notre activité qui semble souvent si vaine [1] avec le monde et ses problèmes, et qui essaient de rendre la vie meilleure par un usage réfléchi de ce formidable outil d’échange et de communication.

  • Le Social Rights Movement fédère les associations bulgares d’aide sociale à travers son site
  • L’Ambassade Universelle permet de faire connaître la vie de sans-papiers qui ont investi une ambassade désaffectée
  • Web sourd est une initiative qui part du constat suivant : une grande proportion de sourds sont illéttrés. Il n’existe pas de langue des signes écrite, et l’apprentissage d’une langue traditionnelle n’est pas facile. Le projet de Web sourd est de permettre l’interprétation de documents directement en vidéos montrant une personne traduisant le texte en langue des signes
  • Main courante a pour vocation de devenir un outil de collecte et de diffusion de témoignages de faits de représsion
  • et encore des sites, en vrac, qui m’ont marqué : prison.eu.org, Fragments du monde, collectifs.net, Obreros de Zanon, Survivre au Sida, Les Pénélopes, et j’en oublie encore...

Tout cela pour dire qu’on sent confusément que le discours alter-mondialiste, auquel on peut souvent reprocher sa démagogie proto-électorale [2] ou gauchiste de base (avec toute la conotaiton péjorative qui en découle), est plus que ça. Au fond il y a quand même (et heureusement) un raisonnement qui veut envisager une autre société, basée sur des comportements plus sains, et qui devrait être du bon sens.

Une démocratie de l’argent

L’industrie intensive et la culture de la mondialisation, je ne vous apprends rien, sont un genre de suicide collectif que nous vivons en direct. Depuis un certain nombre d’années que je veux croire à l’écologie, je vote Vert. Oui, je vote Vert. Évidemment ça pose des soucis quand à cause de tous les petits candidats du premier tour aux élections présidentielles françaises on se retrouve face au grand-guignol d’un choix factice : soit on vote pour un incitateur à la haine raciale, soit on vote pour un homme politique dont les malversations font les choux gras de la presse depuis des années. Entre deux maux nous avons pris le moindre, nous avons tenté de cacher notre honte d’être arrivés si bas dans le pays des droits de l’homme et du citoyen...

Envers et contre tout je vote Vert non pas avec l’espoir qu’un président écologiste jaillisse des urnes, ce qui ne serait pas forcément sérieux (mais pas forcément moins sérieux que suivez-mon-regard), mais avec l’espoir ridicule que dans chaque gouvernement, chaque institution, des représentants écologistes puissent contrebalancer une droite pavlovienne et une gauche résignée.

Le peuple qu’on a pu voir dans la rue lors du Forum Social Européen montre bien que la politique, par moments, échappe aux vils capitalistes et aux politiques à leur solde. Vous allez me dire que je fais dans la caricature, et je le confirme bien volontiers, mais pensez bien au fond du problème et demandez-vous si finalement ça ne se résume pas en termes aussi simples que ça.

Confiscation du pouvoir politique

Ici, toutes les décisions politiques ne sont gouvernées que par l’argent (et qu’on ne me reproche pas une simplification abusive, ou qu’on me démontre le contraire). Quoi que puissent en dire nos hommes politiques, toutes tendances confondues, c’est l’argent qui mène le bal.

Grande nouvelle en vérité, me direz-vous. On le savait déjà, on ne t’a pas attendu.

Je me doute bien. Mais le pouvoir dans notre pays, comme dans toute grande "démocratie", n’est plus qu’illusoirement dans les mains du peuple. Ça fait bien longtemps qu’il lui a été confisqué, jalousement gardé par une élite, une aristocratie sans titre. Quand Coluche avait tenté de se présenter à la Présidence de la République, il avait dû faire machine arrière : il a voulu jouer avec les règles de la démocratie, et la réalité presque totalitaire s’est rappelée à lui [3].

La paille et la poutre

Christian Sorg, dans son excellent éditorial "L’exception culturiste" (dans Télérama n° 2805 du 15 octobre 2003) à propos de l’élection d’Arnold Schwarzenegger comme Gouverneur de la Californie, citait Alexis de Tocqueville visitant les États-Unis en 1831 : Le peuple, dit en substance Tocqueville, n’a jamais le temps ni les moyens de se faire une idée exacte de la valeur de ceux qui se présentent à ses suffrages : "Il lui faut toujours juger à la hâte et s’attacher au plus saillant des objets. De là vient que les charlatans de tous genres savent si bien le secret de lui plaire, tandis que, le plus souvent, ses véritables amis y échouent".

Là où, je pense, le discours de Christian Sorg se heurte à un blocage mental, c’est en voulant croire que seuls les USA sont victimes de cette déformation de la démocratie. Je ne veux pas faire croire que je détiens une vérité universelle, c’est aussi souvent ma première réaction : me moquer des autres pays parce que "dans le mien, c’est mieux". Que savons-nous en réalité de nos dirigeants ? En quoi sont-ils plus fiables qu’un Schwarzenegger entouré de membres du Congrès, politiciens aguerris auxquels il sert de paravent ? Les "affaires" juridico-médiatiques à rallonge qu’on nous sert tous les jours prouvent bien qu’il y a quelque chose de pourri, et pas qu’au royaume du Danemark.

Un réveil ?

Ce qui force mon admiration, en revanche, c’est le taux d’abstention aux dernières consultations populaires, que ce soit à l’occasion de référendums ou d’élections présidentielles. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est la flemme qui a retenu nos concitoyens chez eux, ou le beau temps qui les a poussés hors des villes. C’est le premier signe d’une prise de conscience.

Les politiciens ont beau jeu, chaque soir de vote, de venir pérorer à la télévision leur sempiternel couplet : "Les électeurs ont mal compris notre message". Personne pour dire "nous nous sommes trompés". Quant à dire "nous vous mentons", ne rêvons pas.

Tant de gens sont morts pour avoir le droit de voter, et que nous reste-t-il des luttes les plus idéalistes ? De mornes dimanches.

Le monde est en train, tout doucement, de penser qu’il pourrait encore changer, et je veux croire que la prise de conscience à tous points de vue (écologie, société [4], commerce équitable contre frénésie capitaliste) va aller en s’amplifiant.

C’est peut-être juste à ça que nous devons servir, à notre petite échelle. Faire passer des messages. Utiliser internet pour ce qu’il fait le mieux et qui était son but premier : nous permettre de communiquer, d’échanger nos réflexions, et de rêver à un monde meilleur, en changeant avant tout nos propres comportements.


Notes

[1Notre activité me semble d’autant plus vaine que je suis passé par le monde joyeux et bordélique des startups, sans doute une des plus folles incarnations du capitalisme débridé. On n’y parlait que de "niche-produit", de "rentabilité à court terme" (le "quick-win" cher aux cadres friands d’anglicismes à la con, que j’aime à prononcer "couicouine" afin d’en souligner encore mieux le ridicule), de "bras de levier", de "stock-options", j’en passe et des meilleures. Pour autant, je ne regrette pas d’être passé par là, j’ai beaucoup appris et rencontré une tripotée de gens intelligents.

[2C’est ce que j’entends dire de José Bové deci-delà, et ça mérite réflexion.

[3Coluche, Pensées et anecdotes, Le Cherche-Midi éditeur : Je suis déçu de mes droits civiques. J’arrête parce que je ne peux pas aller plus loin. [...] Je ne parle pas des menaces de mort et autres marques d’affection que l’on m’a fait l’honneur de m’adresser. Messieurs les hommes politiques de métier, j’avais mis le nez dans le trou de votre cul, je ne vois pas l’intérêt de l’y laisser. Amusez-vous bien, mais sans moi. Une page plus loin, Cavanna résume en disant que [son] aventure aura du moins été une expérience qui prouve l’efficacité du système de barrage. Elle a mis en évidence la façon dont la politique est confisquée par le pouvoir et ses compères les grandes formations.

[4Je n’ai pas parlé ici des incivilités de tous les jours, qui me feraient écrire à elles toutes seules des dizaines de pages. Je ne parle même pas de banlieues enflammées, non non. La réalité quotidienne d’un type normal dans une banlieue tranquille, c’est la bousculade dans les gares de RER, les gens qui vous mettent des coups d’épaule, les voitures qui manquent vous renverser, assassins sur roues pour gagner quelques secondes, et j’en passe.


Commentaires

    • 18 février 2009

    Cher Monsieur, ne prenez pas mon message pour de l’agressivité, mais comment se fait-il que vous osiez écrire - dans un blog au style pas très heureux, et je me limiterai au style - qu’un grand journaliste a un "blocage mental" ? Il y a une autre solution : vous n’avez rien compris à son article. Tout s’explique.
    Merci de mieux lire les journaux et de ne pas critiquer les articles des journalistes (surtout des très grandes plumes) à la légère.

    Répondre à Anonyme

    • 18 février 2009
    • en réponse à Anonyme

    Bonjour courageux anonyme,

    Merci pour les piques en règle, que je ne relève pas ; ce n’est pas la peine.

    J’ai commencé le paragraphe que vous incriminez par ces mots :

    Christian Sorg, dans son excellent éditorial "L’exception culturiste"

    Je ne peux pas faire mieux. Nous avons tous des blocages mentaux, des manques de recul à certains moments.

    Répondre à Stéphane

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