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Paris, France, 13 novembre

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Un article de Stéphane

Publié le 17 novembre 2015

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J’aime bien, souvent, commenter sur l’actualité.

Mais là, non. Des gens plus intelligents que moi discutent ailleurs. Et je me sens incapable d’une réflexion structurée.

Comme dit Franck :

Et puis non, pas les mots, les idées s’entrechoquent, rien de construit, d’argumenté, alors je me tais ; peur du ridicule, peur d’être jugé forcément, peur de ne pas être capable de défendre mes convictions avec autant de talent que tout ceux qui s’expriment.

Quand François Hollande a annoncé dès samedi que la France allait être ferme, pendant quelques minutes j’ai eu envie d’être ferme aussi. J’ai eu envie qu’on fasse la guerre. C’est horrible parce que depuis, je vois une grande partie du pays fermement décidée à faire la guerre. L’impression terrible que, comme le disent de nombreux commentateurs, la France et l’Occident sont déjà en guerre depuis longtemps sans le dire, que la guerre qu’ont commencée les USA après le 11 septembre n’a rien résolu, n’a fait qu’aggraver les problèmes.

J’entends les va-t’en-guerre, et j’ai peur. J’ai l’impression d’être en 1914.

Avant que vous ne me taxiez de niaiserie, de tu-ne-comprends-pas, de tu-n’as-pas-de-cœur, ne vous trompez pas : les émotions sont fortes, j’ai les yeux embués tout le temps depuis vendredi. J’en ai mal à la gorge d’avoir pleuré des gens que je ne connais pas, parce que c’est à Paris, qu’il s’agit de copains de copains, et il ne faut pas oublier que l’émotion est directement proportionnelle à la proximité (géographique ou affective).

Cependant quand une solution ne marche pas, ce n’est pas en l’aggravant qu’on arrange les choses (oui, c’est une tautologie, je suppose : taxez-moi de niaiserie, je vous dis).

Voulant me changer les esprits j’ai voulu regarder The Dark Knight Rises hier, parce qu’au fond on reste toujours un enfant qui aime les super-héros qui savent tout résoudre. Et puis Bane fait se sacrifier des jeunes hommes fanatisés dans la première scène, puis prend en otage la Bourse de Gotham, et pour montrer sa détermination tire sans discernement, au hasard dans la foule. Too close to home, comme disent les Anglais. J’avais envie de vomir, alors j’ai arrêté.

Hier soir on a vu The Grand Budapest Hotel, où Monsieur Gustave, se désolant de l’inefficacité de Zero, lui demande pourquoi il est venu là ; ce dernier lui apprend qu’il a fui la guerre, les morts à bout portant. Une comédie qui fait croire à son innocence et qui glisse un message fort. Il y avait écrit « Syrie » en filigrane sur la télé, dans mon esprit.

J’ai manqué une respiration, pour être franc.

Je ne voulais rien écrire, jusqu’à ce soir. Les émotions empêchent de réfléchir, je deviendrais embrouillé (je le suis en écrivant cet article) : je parlerais comme en janvier dernier, pêle-mêle, de politique post-coloniale, d’ingérence abusive de l’Occident dans les affaires du monde, de ventes d’armes très profitables, de tyrans politiques qui fanatisent leurs suiveurs en leur faisant croire qu’il s’agit de religion.

J’aurais voulu expliquer brillamment comment toutes les guerres en Europe ont été portées pendant longtemps, pour chacun des opposants, par l’idée que « Dieu est dans notre camp ».

Et puis ce soir j’entrevois le match France-Angleterre, moi qui n’aime pas le sport, encore moins le foot et ses supporters.

Je vois la musique militaire anglaise sonner la Marseillaise, les Français et les Anglais qui ensemble chantent l’hymne français.

J’ai vu les footballeurs anglais porter un brassard noir et marquer le deuil pour « l’ennemi héréditaire. »

Naïf, je me dis que si ces deux pays qui se sont foutu sur la gueule pendant des siècles sont capables de ces gestes forts de fraternité, alors tout espoir n’est pas complètement perdu.

Vous m’excuserez, mais je ferme les commentaires sur cet article, pas la force de m’entendre reprocher mon angélisme, notamment.

Tu pourras me taxer d’angélisme si tu veux. Mais mon angélisme n’a jamais tué personne. Contrairement à ton « pragmatisme ».


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