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Livre numérique : pas encore probant pour moi

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 26 janvier 2016

URL courte : http://nota-bene.org/1116

11 commentaires

Des ebooks et du rapport pas simple que j’entretiens avec les « nouveaux médias. »

J’ai essayé de lire des ebooks.

Parce que j’avais entamé en 2011 un article, provisoirement titré « Livre numérique : pas tout de suite » mais que je ne voulais pas rester sans le tester. Parce que, aussi, je fréquente un écran au moins huit heures par jour ; et qu’à l’opposée j’aime l’idée que le papier est toujours disponible, ne demande jamais à être rechargé, peut être corné, annoté, prêté facilement. Parce que je veux être de mon temps, peut-être, un petit peu.


J’avais noté (il y a donc bientôt cinq ans) cette mention de Frédéric Beigbeder :

L’auteur oppose le livre objet unique au livre numérique, une coexistence impossible : "comme si la dématérialisation n’était pas un drame en soi. Or si, c’est un mot très poli pour dire destruction, destruction du livre, de la musique. Pourquoi est-ce que les gens sont si pressés de se débarrasser des objets culturels ? Je ne comprends pas". Et les bons chiffres des ventes actuels ? "C’est le dernier chant du cygne avant l’apocalypse !".

Cinq ans plus tard, dans le train, j’ai l’impression de voir à nouveau fleurir les livres. Fin de l’attrait pour la nouveauté ? Pauvreté des catalogues ? Je ne sais pas.

En tout cas, entre temps, j’ai acheté un ou deux livres numériques, notamment François Bon, Après le livre. J’aimerais aussi lier vers Le vieil homme et la mer mais ce n’est plus possible.

Le premier est une réflexion passionnante, que je n’ai malheureusement jamais finie sur mon petit téléphone Sony Experia [1]. Le second, idem, pas fini.

Tiens, d’ailleurs, puisqu’on parle de praticité :

En revanche, François Bon peut vendre sa traduction en ligne au Canada, à condition que le site marchand empêche les Français de se procurer le livre litigieux.

Qu’est-ce qui empêcherait un Français d’acheter ce livre au Canada et de le rapporter en France si c’était du papier ?


Je me demande, dans ma difficulté à les lire, ce qui vient des textes (leur style, leur sujet, les cheminements de l’auteur, du traducteur, que sais-je encore) et ce qui vient du support. Vue la variété de mes lectures d’une façon générale, je tends pour le support.


Autre exemple : j’ai reçu Adaptive Web Design et j’ai dû l’imprimer.

Il me manquait la compréhension des chapitres, l’organisation spatiale. Je l’ai donc (attention les yeux) imprimé pour pouvoir le lire dans de bonnes conditions.

Si j’insiste sur « imprimé » et « dans de bonnes conditions » c’est parce que pour moi ces deux notions ont encore énormément de sens.

On en déduira aisément que je suis encore très attaché à la matérialité du texte que je lis, alors que paradoxalement je lis par ailleurs énormément sur un écran : le plus gros de mon travail est fait sur un écran, le plus gros de ma veille technique aussi (et politique, un peu, bien que j’aie eu ma dose depuis quelques mois).

Je n’ai pas encore complètement décomposé le mécanisme qui me fait préférer l’un ou l’autre, mais clairement je ne suis pas encore prêt pour une liseuse.

Au milieu de tout cela, garder à l’esprit la remarque de François :

La question essentielle posée à la lecture, y compris dans cette interactivité de l’échange, c’est que son transfert numérique n’est pas réductible à la question lire sur tablette ou sur liseuse. Je lis sur Kindle et pas vous, mais nous sommes ensemble ici dans le web et c’est précisément ici que la lecture est en travail et invention...

Lecture et écriture, lecture passive et lecture active ; effectivement le sujet est plus vaste et ne se résume pas au support. Il faudrait que je creuse les types de lecture et leur adéquation pour moi à un support ou à l’autre.


Et puis, de temps en temps, l’imperfection du livre papier raconte elle-même une belle histoire [2].


Notes

[1Il faudra corriger ça maintenant que j’ai un grand écran sur mon téléphone de boulot.

[2Ce qui est amusant dans cet exemple, c’est qu’il s’agit pour Karl de raconter l’expérience papier+commentaires+méta-expérience sur du papier via un article sur le Web qui mélange écriture, photographie, recopie, liens et citations riches comme <blockquote cite="urn:isbn:978-2-86432-776-9">. Bref, une expérience touffue qui, justement, s’éloigne du seul papier.


Commentaires

    • 26 janvier 2016

    Je me permets d’insister parce qu’à mon avis ce qui t’a gêné c’est la lecture sur écran, ce qui est très différent.

    Déjà pour le livre technique. Tu as du le lire sur ton écran d’ordinateur. Ça apporte plein de choses intéressantes, mais ça se rapproche plus des avantages d’une page web (lien, copier-coller, navigation rapide). Si tu t’attendais à lire en séquentiel sur un écran d’ordinateur, tu risques effectivement de ne pas y trouver d’avantage ni de confort.

    Même chose pour le roman. Un smartphone ? Tu cumules les difficultés. Là aussi certains s’y retrouvent mais on change totalement de façon de lire. La question n’est pas là de passer du papier au numérique mais de passer à un mini-format.

    Franchement, tente un bon roman sur une bonne liseuse e-ink 6". Peut-être que ça ne collera pas, mais tu y trouveras au moins un territoire connu dans lequel tu te contenteras d’amener un côté pratique (poids et transport principalement).

    Oh, et prends un truc divertissant pour commencer, sinon tu cumules les difficultés et tu risques le rejet plus facilement (personne n’a envie de sortir de sa zone de confort habituelle quand c’est pour une activité complexe intellectuellement ou pour une activité qui ne fait pas envie en soi).

    Je peux t’en trouver pour te prêter si tu veux tenter.

    Ceux qui ont tenté sur un écran LCD (smartphone, tablette, PC), je les ai quasiment tous vu abandonner. Tu ne fais pas exception. À l’inverse, quasi tous ceux qui ont lu un ou deux romans sympa sur liseuse e-ink y sont restés ensuite.

    Répondre à Éric

    • 26 janvier 2016

    J’ai participé, il y a quelques années, à un groupe d’étude autour du lectorat numérique. Puisque le sujet s’y prête, je te donne donc le lien vers l’ouvrage en résultant.

    Ce qui en ressort, c’est que la lecture numérique est très complexe à appréhender car, comme la lecture, elle relève de plusieurs objectifs et n’est pas la meilleur solution pour chacun.

    Moi, par exemple, je ne lis plus mes romans que sur liseuse. C’est le fruit d’une équation personnelle complexe entre l’envie de pouvoir lire quand je le veux (ma liseuse m’accompagne partout), toujours des romans (je suis incapable de lire un livre qui parle de Web sur ma liseuse), toujours en anglais quand l’auteur est anglophone (et ça, c’est dur, en France, sans se vendre un organe pour n’acheter que des livres en V.O.). Cette recette, qui marche pour moi, c’est très différente pour mon voisin.

    Mais quand on y pense, ce schéma différentiel est aussi très proche de la lecture sur papier. Si je te donne un exemple d’un journal quotidien, avec sa petite police, son encre qui tâche et son papier fin, tu ne pas te dire que c’est le support idéal pour un roman ou pour une plaquette commerciale. Ces trois supports sont différents pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils font résonner comme sentiment chez toi et pour les moyens à mettre en oeuvre (qualité du papier, encre, trame, couleur, brillance) pour accomplir leur objectifs.

    Au final, ce qui est le plus inquiétant dans le monde du livre numérique est qu’en tant que lecteur, nous n’y avons que peu de choix. Ce dossier de Numérama le rappelle bien : l’offre française est pauvre et les éditeurs, peu motivés.

    C’est, à mon sens, bien dommage. S’il y avait plus d’innovation, tu aurais peut-être trouvé chaussures à tes pieds pour tous tes besoins, et moi aussi. Ça éviterait de renvoyer 70% des livres imprimés au rebus, faute d’acheteurs.

    Répondre à Boris

    • 26 janvier 2016

    > Il me manquait la compréhension des chapitres, l’organisation spatiale.

    Tu ne parles peut-être pas tout à fait du même sujet, mais oui, moi aussi, c’est ce qui me manque le plus sur liseuse, c’est qu’il n’y a plus aucune épaisseur physique à ce qu’on manipule mentalement, plus aucune lisibilité en trois dimensions. Faire défiler d’un coup de pouce (comme sur un flipbook) toutes les pages d’un ouvrage est impossible, et aucun système numérique ne permet l’équivalent (et avec la lenteur de l’encre numérique encore moins). C’est aussi une façon de s’approprier un texte pour moi (et de zapper très rapidement dans le livre, plus rapidement que les outils numériques). Et puis j’ai mes manies : je place un doigts entre deux pages pour revenir à un passage, puis un autre doigts quelques pages plus loin, jusqu’à parfois ne plus avoir de doigts disponibles sur la main ! Impossible sur liseuse, les notes n’y suffisent pas, même sur écran d’ordinateur (sauf à ouvrir des onglets, remarque).

    Et pourtant je lis sur liseuse et j’y trouve de l’intérêt, pour le poids, pour la bibliothèque transportable, pour les passages soulignés que je peux exporter ensuite, l’installation de polices de mon choix (moins d’intérêt pour le manque de souplesse d’un ouvrage à l’autre, la qualité typo, la lenteur).

    Ce que je ne comprends pas en revanche, c’est que des livres papier soient encore si mal imprimés pour des auteurs aussi importants que Julien Gracq par exemple (j’en parlait autrefois ici http://emmanuel.clement.free.fr/blog/index.php/post/2015/03/27/Num%C3%A9riser-la-forme-d-une-ville ). Les impressions qui ne tiennent pas la comparaison avec l’encre numérique sont rédhibitoire aujourd’hui. Je ne peux y voir que l’expression de la mainmise d’un éditeur et un irrespect total du lecteur.

    Je ne comprends pas non plus qu’à l’heure de la lecture-écriture, les liseuses ne permettent pas d’éditer et manipuler les textes lus. Ou comment maintenir le lecteur dans la passivité. Et ce point n’a plus rien à voir avec ton propos je crois sourire

    J’ignore si le livre papier revient ou non, mais je constate beaucoup plus de liseuses dans le tram désormais (fut un temps j’étais le seul).

    Répondre à Emmanuel

    • 26 janvier 2016

    Éric : Tu as un mail sourire

    Répondre à Stéphane

    • 26 janvier 2016

    Boris : Je vais lire tout ça, merci.

    Répondre à Stéphane

    • 26 janvier 2016

    Emmanuel : Nous parlons bien de la même chose, la matérialité.

    Et puis sur les notes, ça me manquerait. Mais je vais tenter le coup, grâce à Éric. Je vous raconterai.

    Répondre à Stéphane

    • 27 janvier 2016

    Tout à fait d’accord avec Éric. Tu dis que tu as lu des ebooks... sur écran d’ordinateur et sur téléphone !

    Le livre électronique, c’est la liseuse numérique, et la liseuse numérique c’est le livre électronique.

    J’ai acheté une liseuse pour pouvoir avoir accès à tout le domaine public sans avoir à payer des éditeurs qui, pour le coup, n’apportent aucune valeur ajoutée.

    La liseuse propose quelques fonctionnalités intéressantes dans mon cas (dictionnaire et traduction en une pression sur le mot recherché, possibilité d’augmenter la taille des polices, possibilité d’emporter des milliers d’ouvrages dans un objet qui pèse 170 grammes). La liseuse apporte aussi des contraintes (lenteur d’affichage ou de déplacement dans le livre).

    Essaie un bon livre sur une bonne liseuse. Ça ne te fera pas oublier les livres, mais ça peut t’apporter quelque chose.

    Répondre à Pierre

    • 27 janvier 2016

    Sur téléphone, ça doit être le bagne. je me suis acheté il y a quelques années une petite tablette Archos vendue à vil prix qui fait très bien le boulot. je pille allègrement le Projet Gutemberg et Archive.org pour des vieilleries (grands classiques pas encore lus, mais aussi doc plus disponible, genre les manuels d’astronomie du XIXe dont j’ai besoin pour bosser sur le CdE)
    C’est bien sûr moins confort que le papier, et je lis très peu comme ça en temps normal. par contre, tout change quand je suis en déplacement : dans le train ou à la cambrousse, c’est extra, ça m’évite de trimballer de 3 à 5 bouquins dès que je m’absente quelques jours. j’aime voyager léger.

    Répondre à Nikolavitch

    • 27 janvier 2016

    Nikolavitch : j’ai lu quelques ebooks du domaine public et un problème, c’est qu’il n’y a presque pas de contrôle qualité, en particulier sur des sites d’archivage numérique comme Gutemberg ou Archive.org. Je me suis tapé 20000 lieues sous les mers avec les ¾ des points remplacés par des virgules (et inversement), des erreurs de typo et autres problèmes très probablement imputables à l’OCR.

    Heureusement, les projets comme Wikisource proposent de lire, relire et corriger des ouvrages numérisés, ce qui permet d’accroître considérablement la qualité du document final.

    Et puis il y a aussi des associations qui font ce genre de boulot, comme Bibebook (http://www.bibebook.com/).

    Répondre à Pierre

    • 29 janvier 2016

    Un message d’Antoine sur Twitter me renvoie vers un questionnaire, Pratiques de lecture (questions et réponses) - quaternum.

    Je le note pour plus tard.

    Répondre à Stéphane

    • 3 février 2016

    J’allais répondre ici, mais j’ai voulu trop écrire, ça devenait inconfortable dans ce petit champ de saisi, donc j’ai fini par plutôt écrire chez moi… clin d'œil

    Répondre à Nicolas Hoizey

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