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Lire est un voyage ?

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Un article de Stéphane

Publié le 27 novembre 2015

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Ces temps-ci je prends le temps de lire les autres au lieu de réfléchir avant d’écrire, au lieu de refaire mon site qui aurait dû être bouclé en mars.

Il ne veut plus lire, parce que c’est un touriste. Nous sommes des touristes permanents. Il veut arriver à destination. Et le livre est un voyage, pas simplement un trajet. Arriver à destination, c’est tout ce qui compte. La littérature et les voyages meurent de la même cause. Aller droit au but, du temps où celui-ci n’était pas qu’une métaphore footballistique.

[…]

Lire ou voyager, ça n’existe plus. Nous sommes (je ne sais pas qui), la dernière génération à savourer ce temps perdu. Découvrir dans des pages ce que l’on ne cherchait pas, parce que l’on ne cherchait rien, parce qu’il fallait lire et que le plaisir venait de toutes façons, c’était comme marcher au hasard, et trouver en chemin des pierres étranges, celles que mes gamins prennent pour de l’or. Ce qui forge un imaginaire, et une enfance. Trois ou quatre silex pointus et une lance, Neandertal et Cro-Magnon dans la Guerre du feu n’aura pas lieu d’être, par exemple. Qui voudrait aujourd’hui faire le trajet ? Qui ne rêve d’aller droit au but ?

Je suis tenté de voir là un poil de passéisme, quand même. Nul doute que Grosse Fatigue connaisse mieux la génération suivante que moi, qui ne l’observe qu’à travers mes enfants chéris. Cependant, cependant, cependant.

Ce matin encore, j’intervenais avec la maîtresse de mon fiston dans la salle informatique de son école, parce que j’ai le temps et que c’est super chouette de les voir « produire un livre ». À un moment l’un des enfants s’inquiète des « rectangles gris près des guillemets ». J’explique la notion d’espaces insécables, et la maîtresse me dit « je comprends comment certains enfants acquièrent plus de vocabulaires que d’autres », manière de dire que j’ai donné plus d’informations que nécessaire, mais que c’est très bien, et ils retiennent ce qu’ils retiennent.

Pourquoi je me perds dans cette anecdote, déjà ? Ah oui : mes enfants chéris, disais-je. Ils lisent énormément, mes enfants chéris, et la remarque de la maîtresse, qui me fait constater sans le vouloir la disparité de sa classe (disparité d’attention, disparité d’intérêt, disparité de capacités mentales), me pousse après coup à penser que ce n’est peut-être pas —sûrement pas seulement, en tout cas— une question de génération.

Ainsi une bonne copine très, très cultivée et partageuse de son savoir me confie que son fils, on n’y peut rien, n’a jamais manifesté le goût de lire, alors qu’elle a pratiqué avec lui la même chose que nous avec nos enfants : lecture du soir, descriptions gourmandes des livres à venir et accompagnement vers l’autonomie, etc.

Il y a donc une très forte question de goût et d’esprit, qu’un étudiant pour faire le malin cachera sous des critères d’utilité. Je suis sûr qu’il fait des tas de trucs inutiles mais qu’il est parvenu pour l’instant à ne pas se faire coincer (boire des coups avec les copains, jouer à des jeux vidéos, que sais-je encore).

Lire est un goût, plus encore qu’un voyage.


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