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Les artistes n’ont pas le droit !

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 16 janvier 2013

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8 commentaires

Vieillir, c’est bon pour vous et moi, pas pour les artistes.

Souvent j’entends, plus ou moins par accident, sur les radios pour les plus de 40 ans, où la nostalgie s’empare maintenant de ma jeunesse alors que jusqu’à ces dernières années elle me parlait de celle de mes parents, et on vieillit ma bonne dame, mais je digresse et où est le début de ma phrase déjà ?

Souvent on me propose de « découvrir le nouvel album de », et ensuite quelques couplets d’une ballade poussive par un vieux chanteur (ou une vieille chanteuse, ne soyons pas sexiste) presque aphone, mélodie inexistante et maladroite dont on ne voudrait pas si c’était un jeune-qui-débute. Souvent aussi, le vieux s’est acoquiné avec une star montante, en espérant raccrocher les wagons et ne pas être ignoré des générations montantes. Mais n’est pas Dalida qui veut [1].

Pourquoi je pense à ça à l’heure du café du matin ? À cause du dernier morceau de Bowie qui correspond assez bien au portrait-robot [2]. C’est insipide, et ça fait un peu mal venant du mec qui a incarné le glam-rock, qui a popularisé la jungle (non pas que je sois fan, mais quand même, c’était ambitieux, Earthling). Même la voix n’est plus vraiment là, on croirait qu’elle est occupée à autre chose alors que bon sang [3], Bowie avait une voix qui donnait des frissons, non ?

On notera au passage que certains y croient encore, comme le Guardian

It’s a beautiful, elegiac ballad, Bowie’s voice sounds gorgeously fragile – not the fragility of someone nearing 70 who’s lost their vocal power to the ravages of age, but the fragility of someone who wants to communicate an aching wistfulness.

Il faut comparer ce qui est comparable et écouter sa reprise du Port d’Amsterdam : quand même, hein, c’est pas pareil, hein, quand même ?

Et soudain, indigné dans mon canapé, je pense que nous, mortels insignifiants, nous avons le droit de finir notre carrière benoîtement, attendre la retraite en disant aux petits jeunes qui y croient « boh, tu sais, moi, à mon âge. » Notez que je n’en suis pas là, mais j’ai vu autour de moi, et on verra quand j’aurai plus de 60 ans. Nous, donc, avons le droit, alors que nous demandons aux artistes de rester des êtres d’exception jusqu’à la fin. Et même que par moments ça fait de la peine.

Regardez Aznavour, tiens. Il me fait penser à mon grand-père, et même s’il n’était pas l’immense artiste qu’on connaît, je l’aimerais rien que pour ça. Mais quand il chante j’ai envie de pleurer, un peu.

Aurais-je le courage d’arrêter, à leur place ? Est-ce que c’est un problème d’addiction aux feux de la rampe ?

C’est peut-être le prix qu’ils doivent payer pour avoir été un jour sur le devant de la scène, je ne sais pas.


Notes

[1Je dis « Dalida » pour rigoler, vous pouvez dire Georges Brassens si vous êtes plus dans les textes que dans la pop.

[2Dans l’article ils disent single mais comme plus personne ne vend de CD-un-titre, autant redire morceau pour la peine.

[3J’ai failli dire « merde » pour paraître aussi libre que Grosse Fatigue qui dit « gros con » mais décidément non, on ne sait jamais, des fois que mon fan club me lise.


Commentaires

    • 16 janvier 2013

    Bowie, 66 ans. Aznavour, 88 ans. Ce n’est pas qu’ils n’ont pas le droit de finir benoitement. C’est qu’ils ne savent pas s’arrêter à l’âge de la retraite.

    Répondre à Anthony

    • 16 janvier 2013

    Anthony : Oui, c’est bien mon propos. Ce qui m’ennuie c’est que les gens continuent à dire que waouh-waouh, un nouvel extrait, un nouvel album, alors que souvent ces « dernières œuvres » sont très dispensables.

    Répondre à Stéphane

    • 16 janvier 2013

    Et que dire de Gérard Depardieu ! Hein, mon bon ami... crénom...

    Ok, ->[]

    Répondre à James

    • 17 janvier 2013

    Et ça vieillit encore plus mal quand jeune ça donnait dans la dénonciation... Comme, tiens, au hasard : Renaud, officiellement éteint en 1981 (et enterré avec ses idées).

    Répondre à STPo

    • 17 janvier 2013

    STPo : Je dirais après ça, un peu, quand même. sourire

    Je l’ai vu en interview il y a quelques années, et il disait qu’il s’était suffisamment battu, et que maintenant place aux jeunes.

    Répondre à Stéphane

    • 18 janvier 2013

    "Quand est vraiment mort Renaud" is the new "Mac ou PC"... =]

    Répondre à STPo

    • 21 janvier 2013

    Ceci dit, Johnny Cash, ses derniers albums avant sa mort, ils avaient de la gueule ( 70 ans).

    Un Bruce Springsteen (63 ans), son dernier album a complètement la carrure des précédents.

    Répondre à JulienW

    • 5 février 2013

    Bon, d’abord... avec Earthling DB a été beauooup critiqué pour avoir pris un train déjà en route, etc etc. Mais dans un interview très touchant il a été très honnête sur le sujet, en disant qu’il fait juste le musique qu’il aime, qu’il avait entendu du jungle et qu’il a donc été inspiré.

    La racine de Bowie doit être ça : il fait ce qu’il aime faire, et je pense que c’est pareil pour ... Let’s Dance, Outside, Tin Machine, Heathen, Reality... tous les albums qui ont été battu par les critiques qui parlaient que du Ziggy, ou à peine Heroes.

    La encore je pense qu’il fait ce qu’il aime, et il a certainment pas fait un grand specatcle, au contraire il a resté plus calme que la majorité des "stars" face à un nouvel sortie. Probablement car ... il s’en fiche, largement.

    Sur l’oeuvre elle-même, pour le comprendre j’imagine on doit avoir déjà été frappé par des simples questions dont la réponse n’a jamais été donnée clairement (car elle ne peut pas être "donnée"). "Where are we now ?" est une déclaration, un manifesto pour cette quête, si on s’y trouve sur une ligne parallèle et si on connait un peu de la vie de Bowie. J’ai l’impression qu’il fait un gros cadeaux / piste sur tout ça avec le couverture de l’album (également critiqué partout)...

    La chanson m’est digne et assez profonde ; sa voix porte une émotion claire et forte ; révocation. La musique est subtile dans sa complexité et son tempo "hors temps".... lui-même renforçant le thème de l’oeuvre.

    Contrairement aux milliers d’autres, M. Bowie n’a pas (justement) sortie son ancienne catalogue pour se faire remplir les caisses des sous avec quelques concerts au Madison Square Garden ou des apparences sur late-night-show-X.

    Il a complètement esquivé le hype machine des réseaux sociaux et a sorti une chanson surprenante dans son tempo et contenu.

    Souvent les gens critiquent DB pour n’avoir pas "arrêté à temps" ... mais moi je dis bravo.

    Et j’ai hâte d’entendre la suite !

    Répondre à JohnX

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