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Les Sherpas du Web

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Un article de Stéphane

Publié le 12 février 2008

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L’accessibilité est (au choix) un fardeau, une nécessité, une croisade. Résumons tout le chemin parcouru et regardons les sommets au loin.

Nous avons gravi très doucement les premiers échelons qui ont fait notre reconnaissance.

Petit à petit les projets n’ont plus considéré qu’ils pouvaient partir sans considérer l’accessibilité, et nous étions sollicités à chaque fois. Oh, souvent c’était un peu trop tard, quand presque tout le travail était déjà fait, à quelques pas de l’échéance.

Nous ne pouvions que constater les dégâts et faire des recommandations pour les versions suivantes, conseiller de meilleurs chemins, plus économiques, plus profitables à tous, plus durables. Mais c’est un début.

Quant à ceux qui partent encore sans nous, ils nous entendent râler mais nous savons bien que Rome ne s’est pas faite en un jour. Nous savons qu’il y a peu de temps encore ils étaient nombreux à ne pas faire cas de nos conseils, et, un peu comme dans l’armée, un taux de perte de 10 à 15% ne leur faisait pas peur. Nous avons encore trop souvent l’occasion de pester, mais malgré tout nous regardons le chemin déjà parcouru et nous voyons que l’horizon se dégage. L’espoir est au bout du chemin.

L’accessibilité est un travail de Sherpas. Il faut porter à bout de bras ses convictions, conseiller encore et encore, rester à l’écoute de ceux qui décident, faire découvrir à tous, et savoir leur montrer leurs erreurs tout en donnant l’apparence d’humilité, d’obéissance et d’ouverture qui fait le bon Sherpa.

L’auteur en chemin vers une nouvelle mission

Et puis, enfin, un jour, nous voilà surpris : nous sommes assis à la même table que l’expédition dès avant le premier bivouac, et on nous demande notre avis avant de poser le premier piolet sur des sentiers inexplorés. On a presque déjà l’impression d’avoir gravi la montagne, on est léger malgré les paquetages, on ne sent plus le poids de toutes les contraintes techniques ni celui des décisions qui nous échappent.

On est exactement où on doit être : à notre place, prêts à porter les fardeaux qui nous incombent, prêts à nous entendre reprocher que nous ralentissons un peu l’expédition, mais ravis de voir que l’accessibilité est enfin indispensable.

Les Sherpas sourient dans l’air glacial et l’ascension commence, une ascension qui sera exemplaire et tracera la voie pour tous ceux qui viendront derrière.

C’était sans compter sur les lourdeurs et les incompréhensions : les Sherpas font un travail de spécialiste et on pourra même leur jeter la pierre, leur dire qu’ils ont déjà du mal à communiquer entre eux, chacun ayant ses propres recettes, pas encore éprouvées complètement faute d’avoir pu gravir assez de montagnes.

Alors que vous pensiez que le convoi partait, sûr de lui, dans la bonne direction, il est arrêté dès la première crête. À nouveau il faudrait aller à hue et à dia, et la moitié des paquetages des Sherpas risquent de redescendre vers le camp de base, tandis qu’on escaladera à minima. Ils verseraient presque une larme s’ils n’étaient pas tant habitués, et se disent que ce ne sera peut-être pas encore pour cette fois. Mais ils continuent à regarder vers le sommet.

Je ne sais même plus où j’ai foutu mon bonnet. J’ai froid aux oreilles dans le petit matin gelé et je pense aux Sherpas.


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