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Les Années, Annie Ernaux

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 3 décembre 2014

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Un peu de lecture, pour un demi-siècle d’autobiographie collective.

Annie Ernaux occupe une place à part dans la littérature française contemporaine.

Son œuvre est faite d’autobiographie impudique (le propre de l’autobiographie, me direz-vous) qui en même temps est une expérimentation permanente, par exemple dans L’Usage de la photo avec Marc Marie où l’un, photographe, prend des photos des vêtements jetés à l’improviste lors des préliminaires aux ébats tandis que l’autre, écrivaine, raconte en écho le cancer et la survie, en partie à travers l’amour physique.

Dans Les Années, l’auteur tente ce qu’en quatrième de couverture l’éditeur appelle joliment l’invention de « l’autobiographie collective. » Et en effet, Annie Ernaux commence par s’interdire le « je » qui pourrait imposer une distance entre le lecteur et l’histoire par le fait d’identifier trop directement celle qui écrit et la femme dont la vie est racontée.

J’aime le jeu permanent qui s’installe entre la redistanciation auteur-personnage principal et le fait même qu’elle partage cette réflexion au moment où elle est arrivée (dans les années 70 ou 80, elle décide de choisir la troisième personne et nous l’explique, faisant de nous les complices de l’expérience).

Ce livre m’a touché bien qu’Annie Ernaux soit de la génération qui me précède, parce qu’il raconte le temps qui passe, démonte bien le mécanisme de montée en puissance de la société de consommation à la suite des trente glorieuses, le recul de la religion et du qu’en-dira-t-on dans la société, les émissions de télé, la publicité des années 80 aux slogans si faciles à retenir qu’on les a tous en mémoire [1].

L’auteur a plus ou moins un parcours qui ressemble au mien, embourgeoisement intellectuel et matériel d’enfant d’ouvrier devenu travailleur intellectuel, et là encore évidemment je m’y retrouve.

Ses années d’étudiante ne sont plus pour elle objet de désir nostalgique. Elle les voit comme le temps de son embourgeoisement intellectuel, de sa rupture avec son monde d’origine. De romantique, sa mémoire devient critique.

Elle fait de très belles formules, tout au long du livre, trop longues pour être recopiées ici sans en perdre l’essence (souvent les formules sont les points d’orgue d’un paragraphe entier d’accumulations ou de crescendo), mais que je recommande, soit parce que vous avez vécu l’époque et vous la reconnaîtrez, soit parce que vous êtes trop jeune et alors ce sera éducatif.

Annie Ernaux est une belle personne qui nous offre une belle œuvre.


Notes

[1Lecteur, lectrice, si tu as moins de 40 ans, tu ne peux pas comprendre !


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