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Le Garage hermétique et la « narration en rhizome »

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 19 mars 2012

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Quelques notes sur des Notes sur la science-fiction de Mœbius.

Je lisais à l’instant les Notes sur la science-fiction de Mœbius où l’on peut retenir notamment :

Major fatal « se développe en rhizome au départ de prémisses absolument arbitraires et loufoques »9. Mœbius parle lui-même de façon imagée de son ambition à renouveler le cours du récit : « On peut très bien imaginer une histoire en forme d’éléphant, de champ de blé, ou de flamme d’allumette soufrée »10. Fondée sur l’improvisation narrative et l’ellipse, l’élaboration aléatoire du récit trouve peu d’exemples de comparaison, sinon les albums postérieurs Ici Même de Forest et Tardi, ou Lapinot et les carottes de Patagonie de Lewis Trondheim. Les lecteurs peuvent toujours se raccrocher aux nombreux topoï des genres : « a posteriori, on peut y lire un travail assez systématique sur les stéréotypes génériques (superhéros, western, space-opera…) de la bande dessinée traditionnelle »11. Cependant, « les éléments narratifs s’enclenchent mais le lecteur s’aperçoit soudain qu’ils ne mènent nulle part, que l’auteur l’a mystifié. […] La clarté, la lisibilité et les codes préservés de la figuration narrative débouchent sur l’opacité12 ». Ainsi, goguenard, un « résumé des chapitres précédents » se contente d’affirmer : « tout peut encore arriver dans le garage hermétique » (p. 24).

... et comme on ne peut pas y publier de commentaire, posons-le ici.

Je crois qu’une grande différence entre le Garage hermétique et les autres œuvres mentionnées tient au fait que ce livre, au départ, n’en est pas un : il s’agit d’un feuilleton publié dans Pilote, feuilleton réalisé mensuellement dont les enjeux étaient en grande partie liés à l’exploration graphique de styles différents autant qu’à l’improvisation.

Il me semble me souvenir, en particulier, que l’écriture des épisodes tenait aussi au retour que faisaient les lecteurs par courrier en réaction à l’épisode qu’ils venaient de lire, réactions qui pouvaient être de l’ordre de la prédiction de ce qui allait se passer, et Moebius intégrait dans l’histoire ce qui l’amusait.

Il n’y a donc pas qu’un processus d’écriture aléatoire à l’œuvre [1] mais bien l’excitation de la production débridée, sans plan pré-établi, qui fait feu de tout bois.

Malheureusement je n’ai pas de source pour étayer mon propos, j’ai juste souvenir d’avoir lu quelque part Moebius commenter sur ce genre de « travail collaboratif » qui a présidé aux directions qu’a pris le Garage.


Notes

[1Voire pas du tout, en tout cas pas volontairement à l’époque, même s’il a pu reconstituer sa démarche a posteriori.


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