La touche Entrée

C’est curieux, les trains me donnent envie d’écrire.

Je suis encore dans un train, dans le silence relatif si l’on excepte les bruits de roulements, de moteurs, d’engrenages, de fixations métalliques qui sont un fond dont il est facile de s’abstraire.

J’étais en train de lire et quelque chose attirait mon attention, poussait plus avant que le seuil de ma consience : sur ma droite un homme en veste de costume chinée et cravate à motifs tapait du texte, et chaque retour à la ligne est accompagné d’un « TAP » rageur sur la touche Entrée (oui, tu ne le sais pas si tu ne voyages pas souvent en TGV, mais c’est la succursale du bureau pour pas mal de monde, le train).

Et je me rends compte qu’un autre, un peu plus loin derrière moi, est tout aussi concentré et tout aussi rageusement occupé à détruire sa touche Entrée.

On supposera que la concentration du travail requiert par moments une rythmique pour ne pas somnoler ; ou peut-être des micro-défoulements, qui sait. Après tout moi aussi j’assassine ma touche Entrée quand je suis énervé ; mais ce n’est pas si fréquent.

La plupart du temps quand je tape j’aime que mes doigts dansent sur le clavier, le plus discrètement possible, courir, sauter, jouer, caresser, bondir en silence.

Où l’esthétique de l’existence va se nicher, parfois.

Commentaires

  • Nicolas Hoizey (22 juin 2012)

    Tout pareil, plus danse que frappe sur mon clavier.

    La petite taille de la touche Entrée sur les claviers de Mac aident peut-être à préférer la douce précision à la rageuse frappe aveugle… clin d'œil

    (tiens, tu pourrais améliorer ton style pour <kbd>)

    Répondre à Nicolas Hoizey

  • Delphine M. (22 juin 2012)

    Je remarque très souvent les gens tapant rageusement sur la touche "Entrée".
    Pour ma part,je le fais quand je suis énervée et c’est bien rare aussi.
    Pour ceux qui le font systématiquement, j’assimile ça à un rapport rageur et dominant vis-à-vis de la machine à laquelle tu tentes de prouver - ainsi qu’à toi même - que c’est toi "qui commande".

    Répondre à Delphine M.

  • Stéphane (22 juin 2012, en réponse à Nicolas Hoizey)

    Nicolas Hoizey : (c’est vrai, je pourrais) ;)

    Répondre à Stéphane

  • Stéphane (22 juin 2012, en réponse à Delphine M.)

    Delphine M. :

    un rapport rageur et dominant vis-à-vis de la machine à laquelle tu tentes de prouver - ainsi qu’à toi même - que c’est toi "qui commande".

    Oui, c’est fort bien vu.

    Répondre à Stéphane

  • François G. (22 juin 2012)

    La touche entrée a remplacé le bras chromé du levier de retour chariot sur les machines à écrire mécaniques... en moins physique mais l’esprit est le même. Articulation vengeresse du labeur qui avance.

    Répondre à François G.

  • faz (22 juin 2012)

    Tout pareil mais avec la touche F5 ...je suis développeur web.

    Les dégâts sont terribles : http://www.flickr.com/photos/46332062@N03/7418906206/in/photostream

    Répondre à faz

  • Emmanuel (22 juin 2012)

    Bel exercice de style sourire
    j’aime.

    Répondre à Emmanuel

  • MoOx (22 juin 2012)

    Je pense que c’est bizarrement sur les claviers épurés qu’on a plus envie de rédiger en caressant. Sur les claviers à fort reliefs, peut être préfère-t-on "frapper".
    J’ai remarqué ça depuis que je suis passé à un clavier Apple. Les touches sont assez différentes des claviers oldshcool.

    Répondre à MoOx

  • tetue (23 juin 2012)

    un rapport rageur et dominant vis-à-vis de la machine à laquelle tu tentes de prouver — ainsi qu’à toi même — que c’est toi « qui commande ».

    Youh, bien vu ! Et oui, possible que certains claviers incitent à la douceur, favorisant la réflexion… Le mien, de clavier Mac, au boulot, est tellement encrassé, qu’il me faut y aller avec force. Mais pas de là à frapper !

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  • karl (23 juin 2012)

    je n’ai jamais compris pourquoi les gens tapent sur leur clavier. Quand cela arrive autour de moi, cela me stresse de la même façon que si un événement violent se produisait. Je me suis souvent demandé si les gens utilisaient des claviers pourris.

    Répondre à karl

  • Nico (15 juillet 2012)

    J’ai longtemps utilisé un vieux clavier mécanique Bull, ce monstre antédiluvien est capable de supporter des coups d’une rare violence... sans jamais flancher. J’ai toujours dit que si je me faisais agresser, je pouvais me défendre avec ce clavier et envoyer au tapis mon agresseur sans l’abimer (le clavier, pas l’agresseur).

    Son seul défaut est d’être très bruyant. Depuis, j’ai enfin un clavier moins bruyant au boulot (l’open space m’a tuer), et je reconnais que comme Tétue, le clavier incite à être plus délicat... ou non.

    Répondre à Nico

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