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La grève... ou pas

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 13 décembre 2011

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11 commentaires

Encore une grève dans le RER, dans l’indifférence générale (sauf des voyageurs malheureux).

Avant tout, laissez-moi préciser certaines choses : je crois en la grève. J’ai déjà fait grève à de nombreuses reprises, et il me semble que c’est un levier important pour que les salariés se fassent entendre par leur patron quand les voies normales de la discussion sont dans l’impasse. Je n’aime pas non plus l’expression « usagers otages » qui permet aux médias de se faire des sensations à peu de frais, me semble-t-il.

Pour résumer, quel est le but premier de la grève ? Faire suer son patron et le forcer à reconsidérer une situation à problème, soit directement préjudiciable aux salariés, soit indirectement préjudiciable aux clients [1].

Depuis quelque temps, dans les transports publics, que se passe-t-il ? Les grèves sont relativement fréquentes. : je n’ai pas de chiffres réels, mais en me fondant sur mon ressenti je sortirais bien de mon chapeau une fois par semaine rien qu’entre le RER B et le RER C.

Le problème, c’est que le réseau de transports d’Île-de-France commence à accuser son âge, nonobstant les efforts méritoires des pouvoirs publics pour le tenir à flot. Donc les pannes sont fréquentes : il n’est pas rare de mettre deux heures pour arriver au travail là où en théorie il faut 45 minutes.

Faute de communication suffisante [2] le voyageur résigné (ou en colère, peu importe) tend le dos à chaque passage dans une gare de RER : il regarde les affichages des horaires en temps réel et ne peut que constater le retard. Il n’a pas le choix il doit aller travailler et rentrer chez lui. Les annonces sont souvent très rares, et on ne distingue plus une panne d’une grève.

Où est-ce que je veux en venir ? À l’efficacité des grèves. Aujourd’hui au mieux les négociations reprennent avec le patron, au pire rien ne se passe. En tout cas c’est le voyageur qui subit, souvent dans le flou sans même savoir s’il s’agit réellement d’une grève ou d’une énième panne ; notez que ça lui est indifférent : il veut juste arriver à bon port. J’emploie « indifférent » volontairement, e ne suis même pas sûr que le voyageur ait encore de la sollicitude pour les grévistes. C’est dommage mais c’est comme ça.

Alors, que faire ? Je ne sais pas, moi, mais voilà une idée : ouvrir les barrières et ne pas faire payer les voyageurs. Voilà qui ferait directement suer votre patron, camarades RATP/SNCF/STIF, et qui vous rendrait populaires auprès des voyageurs. Je suppose que ce serait assimilé à du vol en bande organisé (ou autre truc pour faire peur) et pas à du droit de grève, mais ça s’est déjà vu dans d’autres circonstances.

Allez, vive le droit de grève ! [3]


Notes

[1Ou, dans l’enseignement, aux enfants et donc à la France-de-demain-qui-se-lève-déjà-pas-mal-tôt-t’as-qu’à-voir-les-poches-des-petits-le-matin-mais-je-m’égare.

[2Même si, reconnaissons-le, la communication s’améliore, en particulier pour les « accidents de voyageur ».

[3l’idée de cet article a mûri au cours d’une discussion avec un camarade de jeu dont je vais respecter l’anonymat.


Commentaires

    • 13 décembre 2011

    Sauf que les usagers ont à 99% des pass mensuels ou annuels, et que ça ne changera rien ni pour eux ni pour les finances de l’entreprise... non ?

    Répondre à STPo

    • 13 décembre 2011

    Je pensais que l’ouverture des barrières étaient déjà appliquées les jours de grève.

    D’après mon expérience, c’est le cas à Gare du Nord et à ma gare de banlieue. (réseau Transilien)

    Répondre à Thierry

    • 13 décembre 2011
    • en réponse à STPo

    Ah zut, tu me prends de court.

    J’oserais dire que si, ça changera quand même le comptage au passage des machines hostiles et donc ça permettrait de chiffrer un « manque à gagner potentiel ».

    Répondre à Stéphane

    • 13 décembre 2011

    Je crois que je vais faire un billet en réponse... mon commentaire va être trooooop long !

    Ca te dit ?

    Répondre à cybie

    • 13 décembre 2011

    Le problème est que la grève est la seule action légale. Il y a effectivement eu tentative d’inventer d’autres moyens d’action comme la gratuité (transports, péages d’autoroute etc) mais chaque fois les responsables syndicaux se sont ensuite retrouvés au tribunal et ont été condamnés (remboursement des pertes subies, faute grave, licenciement etc) : refuser de travailler si le patron change les termes du contrat unilatéralement est un droit (voire un devoir) mais offrir les biens ou services de l’entreprise gratuitement au public est un délit...

    Répondre à pascal w

    • 13 décembre 2011
    • en réponse à Thierry

    Pas à Laplace, en tout cas.

    Répondre à Stéphane

    • 13 décembre 2011
    • en réponse à cybie

    Bien sûr Sophie, je ferai un lien.

    Répondre à Stéphane

    • 13 décembre 2011
    • en réponse à pascal w

    C’est bien ce que je comprends.

    Pour autant la nuisance actuelle est presque inutile, il faut donc d’autres moyens d’action, me semble-t-il.

    Répondre à Stéphane

  • C’est effectivement inutile dans le cas des RER car c’est vrai 99% des usagers ont un abonnement, du coup non seulement l’entreprise ne perd pas d’argent mais en plus elle en gagne car elle économise les salaires des grévistes. Ici l’objectif est un simple rapport de forces (compter ses troupes) et seuls les usagers subissent réellement une nuisance (ainsi que les grévistes qui perdent leur journée de salaire).

    Trouver une action légale qui fasse efficacement pression sur la direction de l’entreprise sans nuire aux usagers n’est pas facile (puisque rappelons-le la grève est le seul et unique moyen d’action autorisé par la loi...). Mais il y a certainement des pistes à creuser. On peut reprocher aux syndicats un manque d’imagination évident. Car rappelons également que la constitution dit bien que tout ce qui n’est pas interdit est de fait autorisé... Donc il suffit de chercher le vide juridique clin d'œil

    Répondre à pascal w

    • 13 décembre 2011

    Sur l’autoroute à côté de chez moi, ils faisaient ainsi : barrières ouvertes aux péages quand il y avait grève. Usager pas pénalisé, et grève efficace !

    Répondre à Nico

    • 13 décembre 2011

    Que je suis d’accord avec toi Stéphane !

    Dans la même veine : « Ne serait-il pas possible de nuire à la santé financière de l’entreprise sans porter atteinte aux intérêts légitimes de ses clients ? Plus précisément, dans le cas des transports en commun, les salariés ne pourraient-ils pas appuyer leurs revendications en privant de recettes leur employeur sans pour autant empoisonner la vie des usagers et des entreprises où ceux-ci travaillent ? » extrait de Service minimum : pour changer la grève dans les transports publics, réécoutons Aristote.

    Répondre à RealET

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