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Grenoble

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 18 janvier 2012

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7 commentaires

Hier je suis arrivé à Grenoble, pour faire par accident une balade dans une vie qui n’est pas la mienne.

Ça faisait plus de vingt ans. Vingt-quatre, même, si j’ai bien compté.

Vingt-quatre ans que je n’étais pas venu à Grenoble, avant d’avoir mon bac et puis de ne plus aller passer les vacances de février avec mes parents.

J’arrive à la Gare, que je ne connais dans mon souvenir que comme « la nouvelle gare et le tramway », des travaux qu’à l’époque on trouvait pharaoniques, qui ont rasé tout un quartier dans lequel si je me rappelle bien on allait à chacun de nos passages à Grenoble, pour rendre visite « à son atelier » à mon oncle qui était carrossier là.

Je n’ai presque plus de souvenirs visuels de cette époque, bizarrement (sauf de la vue depuis une baie vitrée de la Cité Olympique, de nuit, quand je peinais à trouver le sommeil et que je voyais des fourmis conduire des voitures).

Tout a changé dans ce centre-ville, on dirait une ville du Sud, un Nîmes, un Avignon. Ça s’est piétonnisé, le tramway a changé la physionomie du centre. En mieux. J’avais le souvenir d’un truc gris, sombre, sale, post-industriel pas encore décapé ; maintenant c’est beige et pavé, seuls les toits plus pentus montrent qu’on n’est pas vraiment dans le midi.

Mon taxi, silencieux, passe sous le téléphérique, celui qui emmène (s’il marche encore ?) à la citadelle en surplomb de la ville, citadelle dont j’ai oublié et le nom et la fonction. C’est bien ce téléphérique qu’on appelait « les œufs », non ?

La mémoire fait défaut, remplacée par d’autres choses plus récentes et censément plus passionnantes. Tout ce qu’on prend pour acquis disparaît à nos yeux, se fond dans le gris, et le voilà perdu à jamais.

J’envoie un SMS à mon père, pris d’une sourde nostalgie d’une enfance qui n’est pas la mienne. Je vois tous ces endroits, l’attachement qu’il tentait de nous faire comprendre, impossible tâche avec des enfants comme je l’apprends maintenant avec les miens.

Je pense au début d’un poème qu’il a écrit, à quel âge déjà ? Dix ans ?

Grenoble, ville de mon enfance,
Si je te quitte c’est avec souffrance...

La fatigue aidant peut-être, une boule me serre (en ce moment je suis sentimental, tu ne trouves pas, ami lecteur ?), comme quand un type à la télé vient enquêter sur l’histoire de sa famille dans un endroit silencieux, désolé, mangé par les ronces, mais dont on devine qu’il a dû être plus vivant à une autre époque...

Nous longeons une route à La Tronche, un panneau indique « Hôpital Nord » – c’est celui-là, où il est né ? De ces détails plus ou moins sans importance qui occupent l’esprit, un peu comme de savoir si Unetelle était la nièce ou la fille de telle grand-tante.

Le soir venu, autour d’une Chartreuse offerte par le gardien de nuit de l’hôtel, passer un bon moment et rigoler avec deux bons copains, puis finir par échanger des souvenirs qui sont presque les miens, par procuration, avec un monsieur qui doit avoir l’âge de mon père.

C’est bon, la Chartreuse, finalement. C’est très bon.


Commentaires

    • 18 janvier 2012

    Le téléphérique pour monter à "La Bastille" marche encore (sauf quelques semaines par an pour maintenance). On l’appelle bien "les oeufs".

    Il va y avoir une "nouvelle" nouvelle gare plus au nord dans quelques années.

    Espérons que la ville de Grenoble soit connue pour autre chose que le discours de Sarkozy en 2010.

    Vous étiez à Grenoble pour aller à Orange (OBS ?) dans le Grésivaudan/Silicomp ?

    Répondre à un grenoblois

  • Bonjour Grenoblois,

    Je ne parle pas boulot sur mon site perso sourire

    Merci pour la précision sur La Bastille, ça me revient maintenant.

    Répondre à Stéphane

    • 18 janvier 2012

    Chez nous aussi, on faisait exprès un détour (une heure clin d'œil ) par Grenoble quand on devait aller dans les Alpes. On devait absolument passer Avenue Foch, lieu où se passa l’enfance de ma mère.

    Du coup : les oeufs, la bastille, j’ai connu ça assez tôt aussi. Mais pas la nouvelle Gare, sans doute pas encore créée quand ma mère a quitté la ville.

    Et dans mes souvenirs personnels d’adulte, il y a ce marchand de glaces formidablement bonnes (avec des glaces à la Chartreuse pour les touristes comme moi), mais forcément, ça marche moins bien l’hiver.

    Répondre à Juju

  • Sam

    • 19 janvier 2012

    Comme dans le Saumurois avec mon beau-grand-père de 85 ans,
    discuter autour d’une petite chartreuse confortablement installé dans des fauteuils au calme quand tout le monde dort, laisse un souvenir qui a quelque chose de magique.

    Répondre à Sam

    • 19 janvier 2012
    • en réponse à Sam

    Tu sais quoi, mon vieux Sam ? Je crois que c’est le même aspect « exceptionnel » que quand on fait l’école buissonnière : on est tout seuls, un peu à côté de la vie.

    Répondre à Stéphane

  • pm

    • 19 janvier 2012

    du coté des plus : @Stéphane, tu écris de mieux en mieux sourire

    du coté des moins : @un grand nombre d’entre vous, vous allez arrêter tous avec l’adjectif vieux, vous allez finir par me mettre le blues sourire

    Répondre à pm

    • 29 janvier 2012

    Que de beaux souvenirs lointains de notre enfance aussi quand nous allions à Echirolles chez Tata Paulette, et les souvenirs de Papa, les soirée chez Geo et Dany comme tu le dis du haut de la cité olympique où les voitures parraissaient des miniatures...et la chartreuse hum divine boisson, tiens ce soir dans le canapé avec un peu de glace pilée et mes souvenirs, les premières vacances avec mon JP il ya bientôt neuf ans chez Geo et Dany qui ont quitté leur tour mais qui nous ont baladés la semaine dans la ville et la région de leurs souvenirs... de notre oncle et notre père...en effet le quartier de l’atelier avec le petit café au coin de la rue où tonoton nous emmenait prendre un verre lors de nos passages, de mes souvenirs, n’existe plus mais notre cousin a repris non loin de là le garage que Geo avait racheté lors de son expulsion pour cause de gare...bref Grenoble et ses souvenirs, le dernier que j’en ai ce sont les obsèques de Tata Paulette............mélancolie quand tu nous tiens, allez je trinque à la Chartreuse en pensant à cette ville qui a vu naître notre famille

    Répondre à Marie

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