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Enveloppes, disquettes et vieilles métaphores

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 25 septembre 2012

URL courte : http://nota-bene.org/915

16 commentaires

Est-ce que les métaphores s’usent vraiment ?

Je regardais la conférence de Célinecélines à Paris Web, et entre autres bonnes choses, elle interroge la pratique des métaphores qu’on a toujours connues, en se demandant ce qu’elles diront à un enfant né dans la dernière décennie.

L’enveloppe, par exemple, est utilisée abondamment pour toutes les messageries. L'enveloppe à rabat triangulaire (que je chipe éhontément à la présentation de Célinecélines) En particulier dans l’exemple qu’elle montre il s’agit de l’enveloppe à rabat triangulaire, un truc qui a presque disparu – en tout cas dans la correspondance individuelle, le mail a si profondément remplacé les lettres qu’elle ne se voit presque plus.

Et la disquette pour enregistrer ? C’était quand, la dernière fois que vous avez enregistré sur une disquette ?

Avant Célinecélines j’avais déjà lu plusieurs fois ces questionnements : que faire pour remplacer l’image de la disquette, maintenant qu’elle a disparu ? [1]

Et puis je ne sais pas quand pour la dernière fois vous êtes allé voir une école maternelle, mais quand je regarde des gamins se mettre en rang, je vois quoi ? L’enseignante leur dit « on fait le petit train », et vingt-cinq petits bouts de gamins se mettent l’un derrière l’autre, posent les mains sur les épaules de celui qui précède, et tous en même temps font « tchou-tchou ».

C’était quand la dernière fois que vous êtes monté dans un train à vapeur qui faisait tchou-tchou ?

Je comprends l’envie (louable) des designers de vouloir réinventer les choses, pour améliorer la simplicité d’usage, lisser les rugosités et s’effacer le plus possible derrière les tâches à accomplir [2].

Mais plus j’y réfléchis moins j’en ressens l’urgence. Est-ce que les métaphores s’usent vraiment, finalement ?

… et pour poser cette question j’ai « pris la plume ». C’était quand la dernière fois que vous avez pris une plume pour écrire ?


Notes

[1J’ai lu cette question il y a peu dans une discussion sur les interfaces graphiques d’Ubuntu, aussi.

[2Là encore, je vous renvoie à la conférence de Célinecélines : « un bon design est invisible ».


Commentaires

    • 25 septembre 2012

    J’ai pris un stylo plume pour écrire dimanche midi...

    Répondre à Daniel Glazman

    • 25 septembre 2012

    Mais plus j’y réfléchis moins j’en ressens l’urgence.


    Tu vieillis Stéphane, tu veillis clin d'œil

    Est-ce que les métaphores s’usent vraiment, finalement ?


    Certaines meurent de ne plus avoir le contexte suffisant pour survivre, ou n’être plus transmises. Contexte historique, culturel, univers des formes,… La disquette n’aura peut-être "vraiment" plus aucun sens pour personne d’ici 50 ans ?

    Les métaphores que tu donnes en exemple (le train, la plume) ont sans doute marqué beaucoup plus fortement les esprits, la mémoire collective, aussi se transmettent-elles encore, et leur charge poétique avec.

    En parlant des enfants, on leur conte encore "Tire la chevillette, la bobinette cherra". Si ce n’est pas une métaphore obsolète que celle-ci ! Quoique ce n’est pas sûr… c’est juste la façon dont on ouvrait une porte autrefois, ce n’est pas une métaphore.

    Tout cela c’est encore une fois l’histoire de l’être humain qui n’a de cesse de donner du sens au monde qui l’entoure. La métaphore est l’une des plus belles pirouettes dont il est capable à mon sens. Je suis toujour scotché (tiens une métaphore ?) lorsque je vois une nouvelle utilisation du langage (que ce soit les mots ou les signes visuels, auditifs, etc.) venant chambouler tout l’univers précédemment établi et recréant à nouveau du sens avec trois bouts de ficelles depuis longtemps usées. J’imagine que tu as croisé plus souvent que moi ce trait de génie au fil de tes lectures.

    Changer la disquette en disque dur ou en clé usb ou je ne sais quel bidule numérique à venir, soit. Mais le prochain gugusse qui arrive à me faire comprendre avec évidence et poésie que l’image d’une tasse de café (je dis ça car c’est ce qui me tombe sous la main) signifie "fonction d’enregistrement", alors là oui ! chapeau ! (plus personne n’en porte de chapeau d’ailleurs, ou si peu, métaphore ?).

    Tiens, il y a un gars dans une grange qui arrive à me faire comprendre http en jouant avec des dessins et des petits personnages. Ce gars-là il est dans la catégorie des "fortiches" dont je te parle niveau métaphore sourire

    Répondre à Emmanuel

    • 26 septembre 2012

    Le cas de la disquette est particulier à mon sens car elle a déjà totalement disparu (contrairement à une enveloppe ou un train, même si plus à vapeur). J’essayais il n’y a pas si longtemps de trouver une autre métaphore en remplacement mais j’ai bien galéré...

    Une flèche verte vers le bas façon "download" ? Trop éloigné de la fonction et donc confus.

    Un disque dur, une clé USB ? Imprécis et difficile à "iconiser".

    Quoi d’autre ?...

    (à noter que j’ai mis très longtemps à "comprendre" l’icône "fill" de Photoshop, je n’y voyais absolument pas une cruche versant un liquide mais une espèce de machin géométrique abstrait. Ce qui ne m’a jamais empêché de la reconnaître immédiatement, donc ce n’est peut-être pas si grave...)

    Répondre à STPo

    • 26 septembre 2012

    Je pense que certaines personnes doivent justifier leur métier absolument en essayant de convaincre tout le monde qu’il faut tout réinventer à tout prix (je ne parle pas de Celineceline dont j’ai apprécié la conf). Certaines icônes vont évoluer au fil du temps et des applications, et seront adoptées ou pas.

    Il n’en reste pas moins que même si certains attributs ne sont plus utilisés, ils sont quand même représentatifs d’une profession ou d’une action.

    C’était quand la dernière fois que vous avez vu un facteur avec un cor de chasse, ou envoyé votre courrier en pigeon voyageur ? Et depuis quand n’a t’on pas rendu la justice avec une francisque et un faisceau de licteur. Pourtant, la poste est représenté par un cor ou un oiseau, et la république par les attributs romains de la justice.

    La puissance des symboles sont parfois bien dé-corrélés de leur fréquence d"usage dans la vie de tous les jours.

    Répondre à Julien

    • 26 septembre 2012
    • en réponse à STPo

    STPo : Je pense qu’à terme c’est la notion d’enregistrer qui va disparaitre. Elle est déjà absente sur iOS par exemple. La majorité des logiciels "dans les nuages" sauvegarde automatiquement, avec du versionning.

    Répondre à Raphaël

    • 26 septembre 2012

    Je ne sais pas si l’on peut parler de vieillissement dans le cadre d’une métaphore : pour que la métaphore se fasse, il faut que notre cerveau fasse l’association entre le symbole et l’idée. Lorsque l’association est vraiment assimilée, elle est présente et ne s’efface plus. Pour toi, comme pour moi, une disquette portera toujours le sens de l’enregistrement.
    Le problème du pictogramme d’enregistrement basé sur la disquette est l’obsolescence de l’objet et je ne peux qu’être d’accord avec Emmanuel sur l’utilité improbable de remplacer ce picto.

    D’ailleurs, faut-il vraiment le remplacer ? Je pense qu’aucune personne ne peut décréter une réponse à cette question. Pour les pictogrammes normalisés, l’ISO a définit un critère d’acceptation à 67/10, c’est à dire que pour un panel de cent personnes consultées, 67 doivent comprendre le sens du pictogramme immédiatement ou très facilement et moins de 10 personnes doivent comprendre un sens contraire au pictogramme. Encore plus dure, la normalisation américaine utilise le 80/10.

    Après, un pictogramme doit-il être rattaché à son support ou à une symbole représentant son concept ? Je ne sais pas. Le pictogramme symbolique du recyclage est pleinement viable est purement intemporel, à côté de la disquette cette dernière ne fait pas le poids. Les deux solutions sont bonnes mais vu la perte de la vitesse de la disquette, puis de l’USB... il est peut-être intéressant que l’on se mette à travailler autour d’un pictogramme d’enregistrement.

    Il faudrait, je pense, se pencher sur une standardisation web des pictogrammes pour définir des lignes de conduites vers le design de ceux-ci. Libre ensuite aux graphistes de les modifier légèrement pour les adapter au style qu’il souhaite puisque le pictogramme, par définition, ne doit porter aucune information de style.

    En tout cas, merci Stéphane, cela va me donner encore plus de matière pour ma conférence sur le sujet à Paris Web.

    Répondre à Sébastien Desbenoit

    • 26 septembre 2012
    • en réponse à STPo

    STPo : L’une des idées pourrait être un carré ouvert sur le haut contenant une simple ligne symbolisant le contenu avec une flèche entrante. Mais quelle différence avec le téléchargement ? Quelle usage pour le ré-enregistrement. Ce n’est pas le travail qui manque.

    Répondre à Sébastien Desbenoit

    • 26 septembre 2012

    Personnellement je trouve ça bien de garder ces vieilles métaphores. Ça permet de voir et de comprendre d’où on vient et où on va. Connecter le passé au présent afin de voir le futur.

    Ne faisons pas trop vite table rase du passé. Il permet de comprendre notre présent.

    Répondre à marroon

    • 26 septembre 2012

    Photoshop : si vous n’avez jamais pratiqué le laboratoire photo argentique ou n’en avez aucune notion, je vous mets au défi de savoir ce que représentent les 3 icônes de l’outil densité sourire

    Répondre à Emmanuel

    • 26 septembre 2012
    • en réponse à Emmanuel

    Emmanuel : Certaines icônes ne prennent sens qu’en contexte. Photoshop étant, entre autres fonctions, un outil de retouche photo, il est compréhensible de retrouver des éléments issus dans la profession.

    De la même façon, on retrouve ce problème sur les pictogrammes présents sur nos habits : qui est capable de comprendre le triangle barré hors contexte ?

    Répondre à Sébastien Desbenoit

    • 26 septembre 2012
    • en réponse à Emmanuel

    Emmanuel :
    Bin, c’est facile, c’est une loupe toute noire avec derrière des mains et une éponge au cas-où.

    Répondre à STPo

    • 26 septembre 2012

    Sébastien, STPo : oui il est évident que les icônes ne prennent sens qu’en contexte, tout comme la disquette (sauf que le contexte et l’association disquette-enregistrement sont plus largement répandus que celui du labo photo argentique).

    Pour les icônes Photoshop, si à l’origine elles pouvaient encore être compréhensibles (Photoshop existait à l’époque de l’argentique et n’était au départ que la transposition du labo sur un ordinateur), aujourd’hui elles prennent un sacré coup de vieux car de nombreux photographes ne connaissent absolument pas l’argentique (et encore moins le labo). A vrai dire, même à l’époque argentique ces icônes ne devaient déjà rien dire à ceux qui ne connaissaient pas les rudiments du labo je pense, alors aujourd’hui...

    Répondre à Emmanuel

    • 27 septembre 2012
    • en réponse à Emmanuel

    Emmanuel :

    A vrai dire, même à l’époque argentique ces icônes ne devaient déjà rien dire à ceux qui ne connaissaient pas les rudiments du labo je pense

    Carrément, oui. Je n’ai jamais pigé ces icônes.

    Répondre à Stéphane

  • Stéphane :
    1) La "loupe noire" n’en est évidemment pas une. C’est un fil de fer avec un cercle de carton au bout. Ça s’appelle une "badine" et sert à retenir la lumière sous l’agrandisseur (l’exposition du papier sensible).

    2) la main refermée figure l’inverse de la badine : avec les mains on fait écran au flux lumineux sous l’agrandisseur mais on laisse passer la lumière au milieu pour ajouter de l’exposition au papier (pour "refermer" les bords de l’image ou assombrir un élément au centre par ex.)

    3) l’éponge figure… une éponge sourire Une technique de labo est de tremper une éponge dans du révélateur pur (non dilué donc) et de la passer sur une zone du tirage pour le révéler plus violemment. Cela va forcer le contraste et la densité localement, le reste de l’image complète passant dans le bain révélateur dilué.

    Un bonus : en mode "masque" dans Photoshop-Gimp, l’image est recouverte d’un masque rouge translucide. Le rouge n’est pas un hasard. Il figure la lumière rouge inactinique des labos photo. Le papier photo est insensible à la lumière rouge. Sous chaque agrandisseur il y a d’ailleurs un petit disque de verre/plastique rouge amovible permettant de voir l’image projetée sur le papier, tout en n’exposant pas ce dernier.

    Répondre à Emmanuel

    • 27 septembre 2012
    • en réponse à Emmanuel

    Emmanuel : Ah oui j’ai souvenir d’avoir fait un cache lors d’un tirage, il y a oulàlà. Vingt ans.

    Et puis merci pour toutes ces explications !

    Répondre à Stéphane

    • 29 septembre 2012

    Certaines métaphores dépendent aussi du pays. Par exemple, "tchou tchou" pour désigner un train ne fonctionne pas du tout en Chine sourire

    "testé et approuvé par juju"

    Répondre à JulienW

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