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Défaitisme et accessibilité

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 26 avril 2013

URL courte : http://nota-bene.org/962

15 commentaires

Les choses avancent. Et souvent elles restent bloquantes. Dans ce cas, dire qu’elles avancent n’est qu’une façon polie de reconnaître un échec, sur l’air de « c’est mieux que rien. »

Alsacréations fête les dix ans de son nom de domaine, Raphaël s’en réjouit (avec raison) [1], mais la fête tombe un peu à plat quand QuentinC pointe du doigt le manque d’accessibilité des sites web, qui se fait toujours aussi durement sentir.

J’ai suivi de loin sur Twitter une discussion qui est sortie de ce message de forum, notamment une remarque de Nicolas qui dit qu’on ne doit pas se laisser aller au défaitisme. Ce n’est pas forcément du défaitisme, mais en tout cas c’est l’abattement bien réel d’un utilisateur concerné au premier chef.

QuentinC n’a pas tort sur le fond : l’immobilisme lié à l’accessibilité est toujours très fort, à tel point que les clients eux-mêmes n’entendent souvent même pas qu’ils ont besoin d’accessibilité. Je le vois souvent au quotidien dans mon travail, où « ça n’a pas été vendu », et on verra plus tard.

Ça n’a pas été vendu

C’est un réflexe naturel de management, que font remonter souvent les chefs de projet. Malgré les vœux pieux de la communauté qui gravite autour des Openweb, Paris Web, Sud Web, Alsacréations et j’en passe, le monde réel n’inclut pas, et ne peut pas inclure, une accessibilité optimale par défaut.

Triste mais réel problème : croire qu’on peut intégrer dès le début l’accessibilité dans un projet sans surcoût est une méconnaissance des projets Web modernes. On peut dès la conception être vigilant, lever des alertes (couleurs, tailles de polices, widgets à proscrire), limiter les risques, ça n’empêchera pas qu’un site Web moderne comportera un volume important d’éléments interactifs : sliders, carrousels, menus déroulants, validation de formulaires à la volée… et encore, je ne mentionne que les plus fréquents.

Et, croyez-le ou non, nous continuons à tâtonner pour faire au mieux [2], mais il n’y a pas de magie. Décider de faire de l’accessibilité dès le début du projet ne résout pas magiquement les problèmes, c’est comme ça. Le seul intérêt, c’est de réduire le coût lié à l’accessibilité, mais pas de le faire disparaître.

Il faut donc prévoir du temps, et par conséquent de l’argent, et ça n’est pas systématiquement intégré au chiffrage d’un projet.

Ce n’est même pas la faute des commerciaux, ne leur jetez pas la pierre.

On verra plus tard

Souvent, comme dans tous les devis que vous et moi faisons faire pour notre maison (et vous et moi avons la même approche quand nous demandons qu’on refasse notre cuisine ou qu’on change les fenêtres), on souhaite avoir le meilleur résultat au prix le plus économique, c’est légitime.

S’il faut tailler dans un budget, et si l’on veut garder les fonctionnalités principales attendues par le client, la coupe se fera sur « les extras, » et je n’y peux rien, c’est comme ça, l’accessibilité en fait partie.

Pourquoi ? Parce que la plupart du temps, les gens qui décident ne sont pas handicapés, et que l’humanisme c’est bien mignon, mais ils ont d’autres enjeux en tête.

Par ailleurs, je l’ai constaté, dès qu’on dit « accessibilité » les gens continuent à entendre « cour des miracles » et « indigents. » Oui, c’est déplorable, nous sommes encore au moyen-âge, pardon de briser des rêves.

Le cas le plus fréquent se résume donc à : bon d’accord, tu es très fort, tu m’as convaincu, mais là je n’avais pas prévu le budget, alors on verra lors d’un lot 2 correctif.

Des arguments

Ce qui fonctionne, quand la fibre humaine qui devrait être le seul moteur n’a pas marché, ce sont les chiffres : la longue traîne, par exemple. Rappelons que 15% de la population européenne sont considérés comme étant en situation de handicap.

Quinze pour cent.

Je vais le redire pour que ça rentre bien : quinze pour cent. Une personne sur six.

L’argument massue que je pousse est celui-ci, puisqu’il faut parler d’argent : êtes-vous prêt à laisser un client sur six à votre concurrence ?

Autre argument, qui pour le moment fonctionne seulement avec les instances publiques (jusqu’à ce que les class actions arrivent en France) : l’accessibilité est une obligation légale, et nous disposons de tous les outils normatifs pour assurer un niveau raisonnable d’accessibilité [3].

Je ne sais pas pour les autres pays, mais les français en tout cas ont une logique simple : si ce n’est pas rendu obligatoire par la loi, on ne va souvent pas s’embêter à suivre les conseils.

Vous voulez un exemple ? Les limites de vitesse sur la route, que j’ai toujours trouvées sensées, et donc toujours observées, n’ont été massivement respectées en France que quand les radars ont été déployés à grande échelle.

La peur du gendarme marche partout de la même manière, et l’accessibilité Web ne fait pas exception. Le fameux « lot 2 » dont je parlais plus haut arrive de plus en plus fréquemment.

Quelques bonnes nouvelles

Après tout ce que je viens de dire, on ne peut que comprendre l’abattement de QuentinC. Moi par exemple, je suis un peu handicapé, mais pas suffisamment pour être bloqué sur le web où que ce soit.

Pourtant les points bloquants abondent encore :

  • Les contenus vidéo ne sont jamais systématiquement sous-titrés, donc Sophie ne peut pas les consulter. Point bloquant.
  • Les vidéos, toujours elles, sont encore très souvent contenues dans un objet Flash : au clavier avec Firefox, j’y entre et je n’en sors plus. Point bloquant.
  • Les widgets déjà développés sous forme de plugins pour votre bibliothèque JavaScript de prédilection, dont toute l’interaction est assurée par des div vides stylées pour ressembler à des boutons, inutilisables avec un lecteur d’écran. Point bloquant.

Nous avons malheureusement tous, nous autres experts accessibilité, un tableau de chasse navrant d’exemples comme ceux-ci, et leur nombre ne diminue pas.

Ce qui peut et doit rassurer les utilisateurs handicapés, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à nous battre pour faire comprendre au client que les utilisateurs ont besoin de ce que nous lui expliquons, même si lui, le client, ne verra pas la différence [4]. Les développeurs s’y sont mis, les designers aussi.

Nous parlons à notre client de démographie, nous lui parlons de population vieillissante (par exemple, le luxe n’aurait pas besoin d’accessibilité ? Mais qui achète du luxe ? Pour une proportion non négligeable, des gens dont les capacités physiques ne sont pas optimales [5]).

Ironie de l’histoire : C’est au moment où les WCAG1 ont été le mieux digérées par les développeurs web, au moment où le rapprochement entre le normatif et le développement réel a été le plus patent, que le Web2.0 est arrivé (applis full Ajax, clients riches, etc.). Tout était à refaire.

La bonne nouvelle c’est que de nos jours, tout le monde sait déjà ce qu’est l’accessibilité. C’est un début, ne nous arrêtons pas en chemin.

Vous allez dire que je fais dans l’affect…

… mais c’est ce qui sépare l’homme de la bête sans âme. C’est notre devoir envers les utilisateurs handicapés, qui n’ont pas d’autre choix que de subir.

C’est mon devoir envers Blaise M., aveugle qui m’a mis le pied à l’étrier. C’est mon devoir envers Olivier D., malvoyant qui est comme un aveugle devant son écran. C’est mon devoir envers José F., aveugle. C’est mon devoir envers Sophie. C’est mon devoir envers Vincent A., dans son fauteuil roulant. C’est mon devoir envers QuentinC, parce qu’en rendant les sites accessibles je contribue à lui donner une vie normale.

Et pourquoi se soucier de ces gens-là, hein ? Pourquoi ? Parce qu’ils sont riches d’un tas de choses, en premier lieu l’amour de la vie qui fait parfois défaut aux costards gris trop pressés de gagner leur prochain million pour leur patron.

Avant d’être handicapée, une personne handicapée est une personne. Ne l’oubliez jamais quand vous faites le choix, sciemment, d’omettre l’accessibilité dans un site web. Une légende circule dans les milieux de l’accessibilité, celle d’un chef de projet d’un portail très fréquenté qui n’avait aucune envie de rendre son site accessible, puis qui s’est cassé les bras au ski, puis qui a revu l’ordre de ses priorités.

Avant d’être handicapée, une personne handicapée est une personne. Ce n’est ni du misérabilisme (« rendez-vous compte, ces pauvres handicapés ») ni de la démagogie. Si je vous prive d’un truc qui vous semble légitime, vous protesterez. Et vous aurez raison.

Vous voulez encore un sale petit secret de développeur ? Il est plus facile, infiniment plus facile, de faire un site inaccessible.

Et un dernier secret, son pendant inverse : tous les clients qui ont eu à « subir » un accompagnement en accessibilité s’en sont déclarés contents. Figurez-vous que non seulement on récupère une partie de la « longue traîne » dont je parlais plus haut, mais on peut afficher fièrement un taux de conformité au RGAA, et en plus ça fera tout chaud à votre petit cœur d’humain.

Je ne désespère pas de faire comprendre à tous les clients que l’important c’est l’autre, et même si je sais que c’est un doux rêve, ça ne m’empêche pas de continuer de me battre.

Il est dix heures du matin ce vendredi, le soleil brille : au boulot, un de mes clients attend du conseil en accessibilité sur ses maquettes graphiques.


Notes

[1Profitons-en pour souligner l’incroyable volume du travail de fonds de la communauté Alsa, merci et bravo à eux.

[2Je viens de faire un carrousel accessible répondant à un cahier des charges extrêmement exigeant puisque c’était le mien : trois jours de développement et des échanges avec un ou deux cadors plus tard on obtient un résultat qu’on pense probant, mais qu’il nous reste à éprouver « dans le vrai monde. »

[3La même chose, version opérationnelle : RGAA.net par Patrice Bourlon.

[4C’est une autre grande difficulté de l’accessibilité : l’incapacité pour le client à voir la différence, contrairement à la rapidité d’affichage ou au design du site par exemple.

[5Je n’ai pas de chiffres pour étayer cette affirmation, mais je vois l’âge des clients dans les boutiques de luxe, la répartition jeunes/seniors penche davantage vers le senior que, par exemple, dans ma rue.


Commentaires

  • Dam

    • 26 avril 2013

    Et tu n’as pas évoqué l’aspect SEO qui peut découler de l’accessibilité d’un site bien souvent.
    Les moteur de recherche son des polyhandicapés "notoires". Leur rendre la vie plus facile c’est bien souvent rendre la vie plus faciel aux utilisateurs aussi (même non handicapés)

    Il y a aussi l’aspect "handicap technique" (installation), diversité des support (mobilité).
    Les interfaces tactiles trop classe !! ... et mon clic-droit je le fait comment ?

    Répondre à Dam

    • 26 avril 2013

    Je précise à toutes bonnes fins que je parlais uniquement du défaitisme en soi (et non des personnes), et que je n’avais pas compris que QuentinC était non-voyant. Donc autant pour moi, cette incompréhension est regrettable, et un billet va suivre dès que possible pour donner mon point de vue, bien trop long à expliciter en commentaire.

    Répondre à Nico

    • 26 avril 2013

    Dam : Ah ! Google, l’utilisateur aveugle le plus connu du Web… Certes, l’accessibilité a un impact bénéfique pour le référencement ; mais, même si accessibilité et référencement se rejoignent sur bon nombre de points, des divergences subsistent : par exemple, un expert en référencement sera maintes fois tenté de mettre en place une hiérarchie des h1 à h6 ne correspondant pas à la vision des WCAG et allant même parfois à l’encontre du bon sens, sans oublier ces images de décoration dont il voudra remplir l’attribut alt pour y injecter des mots-clés. Olivier Nourry a longuement évoqué ces divergences dans un billet intitulé Accessibilité et SEO : amies ou ennemies ?.

    Répondre à Victor Brito

    • 26 avril 2013

    Dans l’idéal, dans le monde des bisounours, il faudrait que l’accessibilité soit intégrée dans tous ces trucs, qu’elle soit incluse partout ... Qu’on en parle comme si c’était normal. Je ne sais pas si je me fais comprendre.

    il faudrait qu’elle soit juste une normalité et non pas quelque chose qui fait peur, qui coûte cher.

    En tout cas, on y travaille, c’est certain, c’est à force d’en parler, c’est à force de faire dans l’affect, qu’on y arrive. sourire

    Merci à toi.

    Répondre à Cyberbaloo

    • 26 avril 2013

    Nico : Oui, ma faute, je n’ai pas suffisamment précisé. Mais ton point de vue spontané était tout aussi intéressant à observer, j’ai trouvé.

    Répondre à Stéphane

    • 26 avril 2013

    @Stéphane : justement, le point de vue spontané montre ce que j’essaie d’expliquer dans ce billet : pas de discrimination.

    http://www.nicolas-hoffmann.net/source/1545-L-accessibilite-on-s-en-fout-de-plus-en-plus-Moi-non.html

    Répondre à Nico

    • 27 avril 2013

    Et plutôt que quémander la possibilité de le faire auprès du client, pourquoi est-ce qu’on ne le fait pas de base ?

    « C’est quoi ça, je m’en fous de l’accessibilité, enlevez moi ces 100€ ! »
    « — Non, c’est la loi. »

    Si en France ce qui marche c’est le gendarme, pourquoi n’a-t-on pas un gendarme du web à même de créer une peur auprès du client ?

    Répondre à Neovov

    • 29 avril 2013

    je fais le même constat que vous :ça n’avance pas aussi vite que je le voudrais !
    Cependant ce qui me rassure, c’est que, pour ce qui on déjà fait de l’accessible, ils y reviennent volontairement car, j’imagine, qu’ils ont vu leur intérêt et l’intérêt de tous.
    Ça me donne de l’espoir en l’avenir et me pousse à continuer ma croisade d’évangélisateur !

    Répondre à sanvin

    • 30 avril 2013

    Neovov : pourquoi n’a-t-on pas un gendarme du Web ? Bonne question. Le "gendarme" en question était prévu par la loi ; le gag est que la Délégation Interministérielle aux Personnes Handicapées, sensée contrôler l’application du décret, a disparu suite à un remaniement gouvernemental quelques semaines après la parution du dit décret.
    Qu’aurait pu faire ce gendarme ? Concrètement, pas grand chose. Aucune ligne budgétaire, pas de compétence dédiée, ni autorité d’aucune sorte... une mission bidon pour un organisme fantôme. Comment faire alors pour que les utilisateurs concernés ne se sentent pas floués ?...

    Bah en fait, c’est assez simple : habituons-les pendant des années à se la fermer et à remercier timidement, tête baissée, les pouvoirs publics, qui dans leur grande mansuétude, versent des allocations d’aide qui favorisent la dépendance financière, au détriment de l’autonomie que procureraient l’emploi et la formation. Et subventionnent, nationalement et localement, les associations de personnes handicapées, négociant implicitement leur docilité. Construisons une société où il faut répondre à certains canons de "normalité" pour exister, tant sur le plan social que professionnel, et inculquons l’idée que si l’on est handicapé, on doit se contenter de ce qu’on nous donne, et tant pis si on n’y arrive pas, c’est la vie, hein ?

    Défaitiste, moi ? Non, juste passablement énervé. Et ça ne fait qu’alimenter ma volonté de changer les choses.

    Répondre à Olivier Nourry (@OlivierNourry)

    • 30 avril 2013

    Bonjour,
    Je suis tout à fait d’accord avec cet article. Si on n’est pas concerné on ne fait rien pour rendre son site accessible.
    Comme je suis concernée, je tente tous les jours de faire quelque chose, mais parfois ça décourage.
    Dernière mesure en date : je voulais changer de fournisseur de téléphone mobile. L’un d’eux, arrivé il y a peu sur le marché, m’intéressait par ses prix. Malheureusement, l’identification à son espace client était une galère, car il fallait s’identifier avec un clavier virtuel, mais juste pour saisir son identifiant. Le mot de passe se saisissait de façon classique. Le dit clavier virtuel était "accessible" grâce à des rustines, mais inaccessible à ceux qui n’avaient pas flash. Invoquer la sécurité pour rendre les choses compliquées, surtout si aucun des autres ne vous oblige à saisir des informations d’identification avec un clavier virtuel, ça m’énerve beaucoup. C’est pourquoi j’ai choisi un autre fournisseur.
    quand pourrons-nous en France avoir un lobby assez puissant pour dénoncer sans avoir besoin de gendarme et avoir un tel poids pour que les choses bougent enfin, sans gendarme ?

    Répondre à Sylvie

    • 1er mai 2013

    Sylvie : Bonjour Sylvie et bonjour à tous,
    Je suis entièrement d’accord avec cette article et ce que tu constat. L’exemple du choix d’un opérateur ou d’une manière général la possibilité de choisir par rapport au produit ou service fournit sans se prendre la tête à savoir si ce qu’il se trouve autour est un minimum accessible c’est un vrai problème.
    Je pense que l’on à peut-être une carte à jouer au niveau du Marketing Digital ou Marketing Numérique voir sur la page de Wikipedia.
    Pour résumer grossièrement, ce n’est plus seulement la marque qui vend le produit mes aussi ses clients via les réseaux sociaux, les contenus sur Internet mais également le bouche à oreille.

    Sur ton exemple à savoir, profiter d’une offre mobile la plus intéressante pour toi.
    Le fait que l’espace client de cette opérateur ne te permet pas de profiter au mieux du service est un problème pour toi mais aussi pour eux. Car avec quelque retour négatif de client mécontent sur la Toile ou via les réseaux sociaux ça peut avoir un effet négatif sur leur Chiffre d’Affaire.
    Il y a eu pas mal de problème suite à des post ou tweet d’un produit ou service.

    Je pense vraiment que l’on à un quelque chose à faire là-dessus. Les entreprise se mettent toute sur Internet et les réseaux sociaux mais ne maîtrise pas encore le média qu’est Internet. Profitons en en profitant de cette période pour inciter tout utilisateur en situation de handicap de prendre leurs clavier et d’écrire sur les réseaux sociaux.

    Désolé pour cette longue réponse.
    A bientôt.

    Répondre à Zougane

    • 2 mai 2013

    Bonjour,

    Tu parles d’obligations légales concernant l’accessibilité, ça peut se révéler être un argument de poids (dont j’ignorais l’existence). Aurais-tu plus d’informations ?

    Merci d’avance.

    Répondre à Pierre

    • 2 mai 2013

    @Pierre : la loi 2005-102 sur l’égalité des droits et des chances comporte un article, le 47, relatif à l’accessibilité numérique des services publics. Tu peux consulter cette page : http://article47.fr/ qui malgré 2 ans et demi d’âge reste malheureusement d’actualité.

    On y a tous cru, à cette loi... On a pensé que ça changerait les choses. Mais comme toute loi, elle ne fonctionne que si tout le monde joue le jeu. Et là, la volonté politique a manqué.

    Je ne dis pas que rien n’a changé ; on voit notamment l’effet sur les appels d’offre publics, qui ne font plus l’impasse sur la question. Et l’Etat vient de lancer un marché d’accompagnement accessibilité pour les sites gouvernementaux et rattachés. Mais les délais sont passés et on n’a pas encore perçu d’effet notable coté utilisateurs ; et les sociétés spécialisées n’ont pas décuplé leurs effectifs pour affronter la vague de demandes qui aurait dû logiquement suivre.

    Répondre à Olivier Nourry (@OlivierNourry)

    • 2 mai 2013

    1er point : Je voudrais revenir sur cette idée de gendarme.

    Ce n’est pas la peur du gendarme qui m’a fait lever le pied sur ma moto, c’est l’éducation, la connaissance. C’est lorsque j’ai appris qu’à plus de 130 km/h mon oeil et, par conséquent, mon cerveau ne percevaient pas toutes les informations. En réalité, je perdais des images et je pouvais ne pas voir un trou sur la route.

    Bien sûr, cette façon de voir me concerne et ne concernera pas tout le monde, certains ont peut être besoin du bâton.

    2ème point : Les responsables

    Je pense qu’aujourd’hui si un site n’est pas accessible, l’échec revient principalement aux chefs de projet, aux chefs de production et aux directeurs, mais en aucun cas aux développeurs - dans un schéma classique de division du travail, les décideurs décident et les exécutants exécutent - et encore moins aux clients. Si on ne m’indique pas la bonne pression des pneus, dans le carnet d’entretien de mon véhicule, suis-je responsable de leur mauvais gonflage ?

    3 ème point : Maintenant que nous connaissons les responsables : comment les éduquer ?

    La pédagogie c’est orienter son éducation par rapport à son interlocuteur. Aujourd’hui, les décideurs ont deux/trois mots à la bouche. L’un de ceux qui prédominent c’est "innovation". L’accessibilité devrait être aujourd’hui vendue comme une innovation. Il existe une excellente vidéo à ce sujet, celle d’Elle Waters @nethermind nommée "accessibility as innovation."

    Concernant l’innovation, l’un des points les plus bloquants concerne la collaboration. L’accessibilité étant une discipline transverse, elle a un fort besoin de communication. De plus, la transversalité de l’accessibilité nous offre de nombreuses possibilités d’innovation dans différents domaines, l’ux notamment.

    Un autre avantage de l’accessibilité c’est qu’elle est une contrainte. La contrainte c’est toujours ce qui a fait évoluer l’humanité. C’est parce que nous n’avons pas eu de "mâchoire forte" qu’il a fallu créer des outils. Autre exemple, nous conservons peu la chaleur par manque de poils, il a donc fallu être capable de domestiquer le feu.

    En revanche, je conçois aussi le fait que de vouloir "travailler avec des contraintes" soit le moteur d’une certaine passion, et c’est peut être ce qu’il manque à notre société où l’industrie a dépourvu de valeur créatrice le travail.

    Répondre à Uxlco

    • 3 mai 2013

    Uxlco : même si je suis assez d’accord avec ton point de vue, il y a une contradiction sur les responsables dans ton raisonnement.

    Selon moi, l’accessibilité étant une compétence transversale, elle concerne tous les maillons de la chaine , et même les devs n’ont pas à s’en dédouanner. Le graphiste doit par exemple penser aux contrastes. L’inté doit par exemple spécifier que le focus d’un lien soit signalé. Le dév ne soit pas démolir le boulot de l’inté. Le SEO ne doit pas trop en faire pour démolir les contenus, etc.

    Certes, certains postes sont plus impactants sur l’accessibilité que d’autres, typiquement, je vois pas un projet arriver à bon port sans un bon inté.

    Ce que j’ai remarqué, c’est que si un maillon (ça marche bien si c’est l’inté) a beaucoup de connaissances, il arrive aisément à essaimer aux divers autres postes. Ce n’est pas une garantie, mais c’est une bonne voie.

    Répondre à Nico

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