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Bigarrure

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Un article de Stéphane

Publié le 17 juillet 2013

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2 commentaires

Uniformité et son contraire, conciliation et petites concessions

Salon-bibliothèque

(…) rien ne vaut, dans un salon ou une salle de séjour, l’alignement sur les rayonnages de centaines de livres d’édition courante, y compris de poche, dont on voit bien, aux rides de leur dos, à la patine du temps, à une légère fatigue générale, qu’ils ont été lus, puis jugés dignes, sur leur contenu et non sur leur apparence, de rester à demeure, sous le regard proche et reconnaissant des habitants du lieu.

Bernard Pivot, Les mots de ma vie

Il y a peu de temps nous avons déménagé pour une maison plus logeable, éprouvant ainsi douloureusement le poids des rayonnages, des livres accumulés que nous n’ouvrirons pour certains plus jamais. Forts de ce constat, nous avons donné l’équivalent de deux bibliothèques à qui en fera meilleur usage.

Il en reste tout de même de quoi remplir quelques étagères. J’ai cessé de compter le nombre de volumes il y a longtemps, le millier dépassé.

Or donc, à l’heure de remplir une bibliothèque bien en vue dans le séjour, celle qui fait face à la porte, celle qui accueille le visiteur, s’est posé le problème de la décoration d’intérieur, ma douce me faisant remarquer que ces bouquins, c’est bien joli, mais justement ce n’est pas si joli.

Je ne sais pas qui d’elle ou de moi a prononcé pour la première fois le mot « bigarré », qui est devenu pendant un mois le refrain de nos taquineries : les tranches des livres dans cette bibliothèque grise dans ce séjour tout de blanc, de noir et de nuances de gris étaient la bigarrure de l’endroit, bigarrure évidemment incompatible avec l’ambiance de magazine que toute fée du logis s’emploie à atteindre, tout au moins les premiers mois après l’emménagement.

Contre toute attente, j’ai cédé et accepté de ne mettre que des tranches à peu près homogènes, soit noires soit blanches, sauf quelques exceptions qui auraient rompu certaines collections. La vie à deux exige son lot de sacrifices, et celui-ci est bien léger.

Mais il flotte tout de même un reste de regret : mes livres préférés ne sont pas ceux qui sont dans le séjour, là où l’on passe le plus de temps et où l’on caresse de l’œil les livres élus, où l’on sort souvent un volume au débotté juste pour se dire « ah oui, » en souvenir de son contenu et avec un peu de chance du moment où on l’a lu.

Tant pis : au moins nous aurons pendant quelques semaines usé quotidiennement du mot « bigarré », c’est toujours ça de pris.


Commentaires

    • 30 juillet 2013

    Dieu que je comprends ta Douce, mais que je te comprends aussi ... Déménagement par ici aussi ... étagères encore bâchées, les livres dans leurs cartons ... je sens qu’on va souffrir ...

    Une question me trottine dans la tête, pourquoi garder des livres si on ne les réouvre pas, si ce n’est que pour dire "je l’ai lu" ... et pour le plaisir de savourer les pages tournées.

    Répondre à Cyberbaloo

    • 5 août 2013

    Je ne me lasserai jamais de me moquer de ta douce en employant le mot "bigarré" à tord et à travers devant elle.
    ...Le jour où elle viendra à la maison, c’est elle qui rira la dernière : nous, les livres sont cachés derrière des portes.
    (Sauf nos préférés que j’ai aménagé de manière à ce que ça fasse "joli").
    Mais chut ! ne lui dis pas...

    Répondre à DelphineM.

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