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Balade à Lille

À propos de cet article

Un article de Stéphane

Publié le 28 avril 2005

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8 commentaires

Trois jours sans intérêt, sauf si vous aimez manger et vous promener dans les villes.

Je suis dans une gare, en avance pour le train. Gare du Nord.

Gare du Nord, directions

Toujours aussi fasciné par les gares. Tout y est particulier, à la fois familier et anonyme. La voix synthétique annonce que le train n° — va partir et qu’il dessert les gares de — et de —. Au passage on note que la sonnerie qui précède l’annonce a changé. Au lieu des trois notes montantes, c’est une mélodie sur une amplitude plus réduite. La sobriété, c’est plus classe. On n’est pas dans une gare TGV pour rien [1].

Les libraires en livrée rouge dans leur petit kiosque ont le sourire parisien (amis provinciaux, traduisez : ils font la gueule). Je comprends que ce n’est pas l’emploi idéal. Je sais juste que l’activité de service devrait s’assortir d’un peu de grâce ; pour moi c’est constitutif du métier de façon générale. Quand je mettais des packs d’eau en rayon dans un supermarché, je trouvais qu’il est tellement plus agréable d’être aimable avec le client, ça le rend souvent aimable en retour.

Un quinquagénaire qui ne veut pas être dépassé arbore avec l’air de ne pas y penser une oreillette de téléphone portable. Inutile de dire qu’il n’est pas en train de téléphoner, mais on ne sait jamais. Un agent commercial d’un opérateur de portables se frotte les mains : encore un gogo qui a acheté un produit inutile !

Réflexe de provincial élevé au grain en plein air, je scrute tous les visages, persuadé que je vais rencontrer quelqu’un que je connais. Ne riez pas, ça m’arrive relativement souvent. À Montparnasse j’ai pris une fois le café avec Alain, un copain développeur. Et la dernière fois que j’étais à Lyon, j’ai retrouvé une certaine Nathalie sur le quai : nous étions dans le même train, la même voiture !

J’arrête d’écrire, je suis en train de finir de rédiger mes notes dans le TGV, et c’est illisible, ça bouge trop.

Le toit de la gare, rouge depuis que Lille a été capitale artisitique de l’Europe en 2004

Lille, mercredi 20 avril, 20h30

Je viens de zigzaguer au milieu de Lille. Comme disait Coluche, j’ai un plan de Paris, pas une rue ne correspond ! La géographie de cette ville est tout sauf rectiligne. On croit aller vers l’Est et on est plein Sud ! Mais ce n’est pas grave. Le vieux Lille fait partie de ces villes où l’on aime se perdre, tant aucun endroit en particulier ne se laisse aisément prendre en photo, mais tous concourent à cette impression difficilement définissable, que j’avais déjà trouvée à Rennes ou à Tours. Rues pavées et sinueuses, passages délabrés et surprenants, jeunes bohème, un guitariste hilare au coin d’une rue...

Me voilà assis dans un estaminet rue de Gand, le Bistrot Lillois (tout un programme !). Je vais manger des plats typiques —c’est une des choses que Steph et moi préférons dans le tourisme : le dépaysement gastronomique—, une flamiche au Maroilles (c’est quoi une flamiche ? —inquiétude tardive, ma commande passée), une carbonnade à la bière (la patronne m’explique qu’il s’agit de tranches de boeuf cuites à la bière, recouvertes d’une croûte de pain d’épice), et un verre de Hommelbier, qui, comme elle dit, « est ma seule pression, mais elle va bien avec les plats, vous verrez. »

J’ai des crampes, je ne suis plus habitué à écrire.

Sous terre, à République-Beaux Arts... et dans d’autres stations il y a même du marbre par terre !

(une part de flamiche plus tard) La flamiche est en fait une quiche, mais au lieu de petits morceaux de lard et de fromage, le Maroilles semble avoir été fondu directement dans la préparation. C’est délicieux, bien que sans doute désastreux pour l’haleine !

La carbonnade s’est tout aussi bien laissée manger. La texture est celle du pot-au-feu, mais la sauce s’agrémente d’une légère note sucrée-salée. C’est fondant comme un dessert et copieux à souhait.

Puisque j’évoque les desserts : le Ch’tiramissu, variante du tiramisu [2], où le biscuit trempé est remplacé par un spéculoos mouillé au genièvre. L’ensemble est plus rond en bouche qu’un tiramisu classique, rehaussé par la petite touche de caramel-cannelle du spéculoos. Un vrai régal de légèreté et de parfums, pas aussi sucré que l’impression que je dois en avoir donnée.

Je sors en félicitant la patronne. Ce dessert est tout bonnement magnifique !

Lille, jeudi 21 avril, 20h00

Me voilà assis à l’Authentique. On dirait du Diana Krall en musique de fond, c’est bien agréable. J’ai déjà remarqué lors d’une de nos balades avec Steph que cette chanteuse s’assortit bien avec les lumières tamisées et le vin rouge. Il y a des gens comme ça.

Le beffroi de la Vieille Bourse de nuitJe suis assis contre le comptoir. L’impression d’être dans le passage est un tout petit peu inconfortable moralement, mais intéressante. Le patron ne sait pas se taire. « On fait marcher doucement la suite de la 8. » Le meilleur, c’est : « ça ne va pas être l’extase à la 4. » Il faut vous dire que la 4, c’est moi. Il se trompe !

Allez, continuons l’inventaire gastronomique. Je viens de finir mon entrée, une Ficelle Picarde. C’est une crêpe bien moelleuse qui cache une béchamel au jambon et au poulet, accompagnée d’une sauce à base de moutarde à l’ancienne. Dès mon retour je vais en racheter (nous sommes en rupture de stock sur la moutarde à l’ancienne !) et m’essayer aux sauces. Avec une viande rouge ça doit être bon.

Plat de résistance jeté assez vite sur la table : une cuisse de canard fondante à l’orange et au pain d’épice. Ils ne mentent pas, elle est fondante, et la sauce est finement parfumée.

Au passage je note que les restaurants salent de moins en moins leurs plats. Le bien-vivre commence à faire son chemin, même dans des endroits souvent réputés trop gras, trop riches, trop salés, bref trop pas-bon-pour-la-santé.

Note spéciale pour le Côtes du Rhône. Il me paraît moins plat que ce qu’on sert habituellement. Peut-être que cette impression est due à la richesse des parfums du canard à l’orange, je ne sais pas. Encore une question existentielle sans réponse, quel drame !

Les desserts s’annoncent banals : tarte cassonade, crème brûlée, crêpe au chocolat (ah non, pas deux dans le même repas, surtout après un plat de résistance aussi solide), et une dame blanche. Ignorant comme une première communiante, je demande ce que c’est : il s’agit simplement d’une glace vanille, d’un coulis chocolat et d’un peu de chantilly. Une broutille ! Ça ne peut pas faire de mal... je pars demain, ça me fera du sport !

J’étais à la limite d’inviter quelqu’un à manger ce soir. Le restaurant seul, c’est une hérésie. Ça se partage, sinon c’est plus ou moins raté... le patron a raison. Et pendant ce temps, Aznavour a remplacé une vague chanteuse de blues country.

Lille, vendredi 22, dans le TGV retour, 16h30

Après un échange de billet, je pars une heure plus tôt que prévu. C’était bien sympathique [3].

Dernière note de voyage : être assis dans un TGV climatisé, dans son ambiance feutrée, et écouter tranquillement Hélène Grimaud jouer Chopin. Voilà une bonne idée du luxe.

Post-Scriptum

Merci à Odin pour son oeil pendant les retouches photos.


Notes

[1J’avais une théorie assez simpliste sans doute, mais j’étais persuadé que la SNCF choyait ses « gares internationales » —c’est bon pour l’image. Mais TGV Magazine m’informe que c’est la « nouvelle identité sonore » du groupe.

[2Vous ne l’auriez pas deviné, avouez...

[3J’oubliais : j’étais à Lille pour le travail, malgré les apparences, et j’ai bien travaillé, avec des gens compétents et dynamiques, si si.


Commentaires

    • 1er mai 2005

    Bas ca alors, c’est toujours comme ça ... c’est toujours après que l’on apprend que quelqu’un que l’on aurait aimé rencontré est passé près chez soi :’( .

    Tant pis, ce sera pour la prochaine fois clin d'œil

    Répondre à Kalimhero

  • Tant pis, ce sera pour la prochaine fois clin d'œil

    OK, je le note !

    (il faut dire que depuis qu’on ne partage plus le même IRC, la communication n’est plus aussi efficace, hein ?...)

    Répondre à Stéphane

    • 7 mai 2005

    Récit de voyage agréable à lire. Tu t’embourgeoises , tu as été surclassé en 1ère classe ? clin d'œil Il va falloir être à la hauteur à Toulouse la semaine prochaine !

    Répondre à Matthieu

  • Bah, bah, bah... j’étais en deuxième, figure-toi. La preuve : c’est trop court pour les jambes, dans le train. (c’est prouvé : les pauvres ont les jambes plus courtes que les riches).

    Pour Toulouse je prends l’avion, c’est plus classe... Mais c’est vrai que pour les tour operators locaux (Mat, Inc.), la concurrence va être rude sourire

    Répondre à Stéphane

    • 10 mai 2005

    Pareil que khaliméro, la prochaine fois, tu fais signe et on se boira une petite binouze.

    Répondre à Ben.

    • 1er février 2006

    Quoi ! Tu as raté la tarte à la cassonade !!! Il faut absolument que tu reviennes au pays goûter ça clown

    Répondre à Tetue

  • izo

    • 7 février 2006
    • en réponse à Tetue

    La femme de Piff avait une tres bonne tarte, le jour de la féria sourire

    aucune idée

    Répondre à izo

    • 7 février 2006
    • en réponse à izo

    Ah mais la prochaine fois que je remonte à Lille, je ne manquerai pas de vous solliciter à l’avance pour tous les conseils culinaires... sourire

    Répondre à Stéphane

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