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Anesthésie passagère

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Un article de Stéphane

Publié le 29 septembre 2006

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J’ai longtemps hésité avant de vous raconter une fécondation in vitro (trois ans). Mais si ça peut aider des gens à se sentir moins seul, alors publions.

Préambule : Ce texte a plus de trois ans, depuis tout va mieux mais sait-on jamais, si d’autres personnes ont besoin de savoir qu’elles ne sont pas les seules, qu’on ressent tous des choses étranges pendant une fécondation in vitro, mais qu’au final dans 90% des cas le résultat est au bout de l’effort, voilà un peu de lecture pour elles.

Aujourd’hui c’est le grand jour, branle-bas de combat dès les cinq heures du matin, histoire d’arriver à la clinique pour sept heures à tout prix. Comme d’habitude tu me presses, et comme à chaque fois que tu me presses pour un rendez-vous officiel nous y sommes un quart d’heure trop tôt.

Et toujours aussi prévisible, l’information téléphonique était erronnée. A sept heures du matin la clinique est désespérément vide, sauf quelques femmes de service qui ne savent pas nous orienter vers la chirurgie ambulatoire...

Tout doucement, le bâtiment sort de sa torpeur, et à sept heures et demie quelqu’un nous explique que je dois d’abord, comme il est dit ici pudiquement, procéder au prélèvement de sperme. Je ne prélève rien, je sème à tout vent, comme l’auguste frisée sur les vieux Larousse ! C’est tellement plus sordide que ludique que l’image d’Epinal de Gotlib (le « rah lovely » qui fait trembler les murs) est reléguée aux confins poussiéreux des préjugés imbéciles...

La formalité accomplie nous trouvons enfin le service de chirurgie ambulatoire ouvert, et tu te mets en tenue, avec ces fameuses blouses de patients en tissu jetable semi-transparent, du meilleur effet esthétique...

Et tout de suite vient le brancardier. En vieux briscard de l’anesthésie générale je te raconte des sottises qu’on oublie tout de suite, pour jouer l’homme, comme un papa de petite fille un rien apeurée qui joue la grande mais n’en mène pas large (il suffit de voir comme tu as peu dormi cette nuit...).

Je te regarde dans ton brancard. Ça a l’air confortable malgré son nom barbare. Tu rentres tête la première dans l’ascenseur, tu me souris, tendue, un petit clin d’oeil, je te renvoie une grimace et te voilà partie. C’est mon tour d’être un petit garçon désemparé sans maman. Huit heures du matin dans ce grand hôpital, tout seul.

L’imagination aidant, je pense aux pires possibilités, si rapides, si rares. Je me vois déjà appelant ta famille en m’efforçant de ne pas pleurer au téléphone, enfin tu vois, ce genre de folie qu’on invente en deux secondes et qu’on a du mal à contenir dans la rue.

Je vais passer le temps dans un café, avec Belle du Seigneur. J’oublie tout pendant deux heures, et heureusement, parce que ces délires parano-dépressifs n’amènent jamais à rien de bon, font perdre du temps et ne sont pas ennemis du ridicule. Et puis je cours à la Fnac t’acheter plein de cadeaux, que je mettrai dans plein de paquets pour que ce soit plus amusant quand tu te réveilleras.

(insérer ici une ellipse temporelle de flottement mental)

Je te retrouve, les yeux déjà ouverts, bouffie à ne pas t’en reconnaître, des poches bleues visibles de très loin, que j’aperçois bien avant d’atteindre l’alcôve de l’espace de surveillance post-opératoire. Il ne reste que trois heures avant que tu sortes, restons patients. Je n’en démords pas, ce n’est pas la meilleure façon de faire des enfants.


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